Croissance externe14 min de lecture14 janvier 2027

La fusion-absorption : mode d'emploi complet

Traité de fusion, parité d'échange, boni/mali de fusion, régime fiscal de faveur : le guide complet de la fusion-absorption.

01

La fusion-absorption : définition et principes fondamentaux

La fusion-absorption est une opération juridique par laquelle une société (l'absorbée) transmet l'intégralité de son patrimoine à une autre société (l'absorbante), entraînant la dissolution sans liquidation de la société absorbée. Les associés de l'absorbée reçoivent des titres de l'absorbante en contrepartie.

Cadre juridique :

La fusion-absorption est régie par les articles L.236-1 à L.236-24 du Code de commerce. Elle constitue une transmission universelle de patrimoine (TUP) : tous les actifs, passifs, contrats et engagements de l'absorbée sont automatiquement transférés à l'absorbante.

Les différentes formes de fusion :

Fusion-absorption classique : une société existante absorbe une autre société

Fusion par création de société nouvelle : les deux sociétés disparaissent au profit d'une entité nouvelle

Fusion simplifiée (article L.236-11) : entre une mère et sa filiale détenue à 100 %, sans échange de titres ni approbation par l'AG

Fusion simplifiée entre soeurs (article L.236-11-1) : entre filiales détenues à 100 % par la même mère

Pourquoi opter pour une fusion-absorption ?

Simplification juridique : un seul véhicule juridique au lieu de deux

Synergies opérationnelles : intégration complète des activités, des équipes et des systèmes

Optimisation fiscale : intégration des résultats, report des déficits (sous conditions)

Image de marque : renforcement de la visibilité et de la crédibilité

Réduction des coûts : suppression des frais de structure de la société absorbée

Quand la fusion-absorption est-elle pertinente ?

Après l'acquisition d'une filiale que l'on souhaite intégrer totalement

Pour la réorganisation d'un groupe (simplification de l'organigramme)

Pour bénéficier d'avantages fiscaux (report de déficits, intégration fiscale)

Pour fusionner des activités complémentaires au sein d'une même entité

Pour les alternatives à la fusion (apport partiel d'actif, carve-out), consultez L'apport partiel d'actif : restructurer avant de céder et Le carve-out : céder une branche d'activité.

02

La procédure de fusion-absorption étape par étape

La fusion-absorption suit une procédure strictement encadrée par le Code de commerce. Le non-respect des étapes peut entraîner la nullité de l'opération.

Étape 1 — Phase préparatoire (2 à 3 mois) :

Audit préalable : due diligence de la société absorbée (même si elle est déjà filiale)

Valorisation des sociétés participantes : détermination des actifs nets réels

Détermination de la parité d'échange : combien de titres de l'absorbante pour un titre de l'absorbée

Rédaction du traité de fusion (projet de fusion) par les conseils juridiques

Étape 2 — Le traité de fusion :

Document fondamental qui contient (article L.236-5 du Code de commerce) :

La forme, la dénomination et le siège social des sociétés participantes

Les motifs, buts et conditions de la fusion

La désignation et l'évaluation de l'actif et du passif transférés

Les modalités de remise des parts ou actions et la date de jouissance

Les dates d'arrêté des comptes utilisées pour la fusion

Le rapport d'échange des titres et le montant de la soulte éventuelle

Les droits accordés aux associés ayant des droits spéciaux et aux porteurs de titres

Étape 3 — Information et consultation (1 à 2 mois) :

Dépôt du traité de fusion au greffe du tribunal de commerce (30 jours avant l'AG)

Publication dans un journal d'annonces légales (JAL) par chaque société

Consultation du CSE (Comité Social et Économique) : information-consultation obligatoire (articles L.2312-8 et L.2312-37 du Code du travail)

Droit d'opposition des créanciers : 30 jours à compter de la publication (article L.236-14)

Étape 4 — Commissaire à la fusion :

Un commissaire à la fusion est désigné par le tribunal de commerce (article L.236-10). Il vérifie :

Que les valeurs attribuées aux apports sont pertinentes

Que le rapport d'échange est équitable

Il établit un rapport mis à disposition des associés au moins un mois avant l'AG

Étape 5 — Approbation par les assemblées générales :

AG extraordinaire de chaque société participante

Majorité requise : 2/3 des voix (SA, SAS) ou 3/4 (SARL, sauf clause contraire)

Vote sur le traité de fusion et, pour l'absorbante, sur l'augmentation de capital

Étape 6 — Réalisation et formalités :

Enregistrement de l'acte de fusion auprès du service des impôts

Publication au BODACC et au JAL

Radiation de la société absorbée du RCS

Modification du K-bis de l'absorbante

Pour les formalités détaillées, consultez Le closing d'une cession : checklist et pièges à éviter.

03

Le régime fiscal de la fusion-absorption

La fusion-absorption bénéficie d'un régime fiscal de faveur (article 210 A du CGI) qui permet de neutraliser les conséquences fiscales immédiates de l'opération. Ce régime est conditionné au respect de plusieurs engagements.

Le régime spécial des fusions (article 210 A du CGI) :

Conditions d'application :

Les sociétés participantes sont soumises à l'impôt sur les sociétés

La société absorbante s'engage à respecter certaines obligations déclaratives

La fusion est justifiée par des motifs économiques et non uniquement fiscaux

Avantages du régime de faveur :

Report d'imposition des plus-values d'apport sur les éléments non amortissables (terrains, fonds de commerce)

Étalement de l'imposition des plus-values sur les éléments amortissables (sur la durée d'amortissement résiduelle)

Transfert des déficits de l'absorbée à l'absorbante (sous agrément préalable du ministère des Finances — article 209 II du CGI)

Non-imposition du boni de fusion pour la société absorbante

Engagements de la société absorbante :

Inscrire les éléments apportés à la valeur fiscale qu'ils avaient dans les écritures de l'absorbée

Calculer les amortissements et plus-values ultérieures à partir de cette valeur d'origine

Reprendre les provisions réglementées de l'absorbée

Se substituer à l'absorbée pour le respect des engagements fiscaux en cours

Le transfert des déficits :

Le transfert des déficits de l'absorbée à l'absorbante nécessite un agrément ministériel (article 209 II du CGI). Les conditions sont strictes :

L'opération doit être économiquement justifiée et obéir à des motifs autres que fiscaux

L'activité à l'origine des déficits doit être poursuivie pendant au moins 3 ans

Les déficits transférables sont plafonnés (le plus élevé entre 200 000 euros et le produit du montant des déficits par le rapport de la valeur brute des actifs transférés / l'actif total de l'absorbée)

TVA :

La fusion constitue une dispense de TVA (article 257 bis du CGI) : les transferts de biens réalisés dans le cadre de la fusion ne sont pas soumis à la TVA, à condition que l'absorbante continue l'activité.

Droits d'enregistrement :

Sous le régime de faveur, la fusion est enregistrée au droit fixe de 500 euros (au lieu des droits proportionnels sur les apports).

Pour la fiscalité générale des cessions, consultez Fiscalité de la cession d'entreprise : guide complet 2026 et Droits d'enregistrement sur la cession d'entreprise.

04

L'impact social et RH de la fusion-absorption

La fusion-absorption a des conséquences directes sur les salariés des deux sociétés. Le droit du travail protège les salariés mais n'empêche pas les réorganisations nécessaires.

Transfert automatique des contrats de travail :

L'article L.1224-1 du Code du travail prévoit le transfert automatique de tous les contrats de travail de la société absorbée à l'absorbante. Ce transfert est :

Automatique : il n'est pas nécessaire d'obtenir l'accord des salariés

Intégral : tous les éléments du contrat sont maintenus (ancienneté, rémunération, qualification)

D'ordre public : ni l'employeur ni le salarié ne peuvent s'y opposer

Statut collectif des salariés transférés :

Convention collective : si les conventions collectives diffèrent, celle de l'absorbée continue de s'appliquer pendant 15 mois (12 mois de survie + 3 mois de préavis de dénonciation — articles L.2261-14 du Code du travail)

Accords d'entreprise : même régime de survie de 15 mois

Usages et engagements unilatéraux : maintenus sauf dénonciation régulière (préavis, information du CSE, information individuelle)

Participation et intéressement : les accords sont mis en cause et survivent 15 mois

Consultation du CSE :

La fusion constitue un projet important nécessitant la consultation du CSE (article L.2312-8 du Code du travail) :

Information sur les motifs économiques de la fusion

Présentation des conséquences sociales (effectifs, emplois, conditions de travail)

Délai de consultation : 1 mois (2 mois si expertise, 3 mois si CSSCT)

L'avis du CSE est consultatif : il ne peut pas bloquer la fusion

Gestion des doublons :

La fusion crée souvent des redondances de postes, notamment dans les fonctions support :

Pas de licenciement automatique : la fusion en elle-même ne constitue pas un motif de licenciement

Licenciement économique possible si les suppressions de postes sont justifiées par des difficultés économiques, mutations technologiques ou réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité (article L.1233-3 du Code du travail)

Obligation de reclassement avant tout licenciement (article L.1233-4)

PSE (Plan de Sauvegarde de l'Emploi) obligatoire si plus de 10 licenciements sur 30 jours dans une entreprise de plus de 50 salariés

Communication aux salariés :

Informer en amont de la fusion pour éviter les rumeurs

Expliquer le projet industriel et les perspectives

Rassurer sur le maintien des emplois (ou être transparent sur les restructurations)

Nommer un référent fusion pour répondre aux questions des salariés

Pour le droit d'information des salariés en cas de cession, consultez Droit d'information des salariés en cas de cession.

05

Les écueils pratiques et comment les éviter

La fusion-absorption est une opération techniquement complexe qui recèle de nombreux pièges pratiques. Voici les principaux écueils et les solutions pour les éviter.

Écueil 1 — La parité d'échange inadaptée :

Un rapport d'échange mal calculé lèse les associés de l'une des sociétés et peut être contesté judiciairement.

Solution : faire réaliser les valorisations par un expert indépendant, utiliser plusieurs méthodes (actif net réévalué, DCF, comparables), et faire intervenir le commissaire à la fusion le plus tôt possible

Écueil 2 — Le droit d'opposition des créanciers :

Les créanciers peuvent s'opposer à la fusion dans un délai de 30 jours (article L.236-14 du Code de commerce). En cas d'opposition, le tribunal peut ordonner le remboursement des créances ou la constitution de garanties.

Solution : identifier en amont les créanciers potentiellement opposants, leur proposer des garanties ou un remboursement anticipé, budgéter les éventuelles garanties supplémentaires

Écueil 3 — La fusion rétroactive :

La date d'effet rétroactif de la fusion permet de faire remonter les effets comptables et fiscaux à une date antérieure (typiquement le 1er janvier). Mais les conditions sont strictes :

La date d'effet ne peut pas être antérieure à la date de clôture du dernier exercice clos de l'absorbée

La rétroactivité ne peut excéder 24 mois

Les opérations intercalaires (entre la date d'effet et la date de réalisation) doivent être traitées comme des opérations de l'absorbante

Écueil 4 — Les contrats intuitu personae :

Certains contrats de la société absorbée comportent des clauses de changement de contrôle ou sont conclus intuitu personae :

Marchés publics : vérifier les clauses de cession et d'agrément

Baux commerciaux : le transfert est automatique (article L.236-3 du Code de commerce) mais des clauses restrictives existent

Contrats de franchise : souvent intuitu personae, nécessitent l'accord du franchiseur

Licences réglementaires : certaines autorisations ne sont pas transférables automatiquement

Écueil 5 — La gestion du Mali technique :

Lorsque l'absorbante détient déjà les titres de l'absorbée et que la valeur comptable des titres excède l'actif net apporté, il apparaît un mali de fusion. Le mali technique (différence attribuable aux plus-values latentes des actifs apportés) est inscrit à l'actif.

Solution : faire réaliser un audit d'évaluation des actifs de l'absorbée pour justifier l'allocation du mali technique

Pour la conduite de la due diligence préalable, consultez La due diligence en acquisition d'entreprise : guide complet.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une fusion-absorption et un apport partiel d'actif ?
La fusion-absorption entraîne la dissolution de la société absorbée et le transfert de l'intégralité de son patrimoine à l'absorbante. L'apport partiel d'actif ne concerne qu'une branche d'activité : la société apporteuse subsiste et reçoit des titres de la société bénéficiaire en contrepartie de l'apport. L'apport partiel d'actif est plus flexible (pas de dissolution) mais fiscalement plus complexe. La fusion est adaptée à l'intégration totale, l'apport partiel d'actif à la réorganisation d'un groupe.
Combien coûte une fusion-absorption pour une PME ?
Le coût d'une fusion-absorption pour une PME se décompose ainsi : honoraires du commissaire à la fusion (5 000 à 15 000 euros), honoraires juridiques pour la rédaction du traité et les formalités (8 000 à 25 000 euros), droits d'enregistrement (500 euros en régime de faveur), frais de publication (500 à 1 000 euros), honoraires de l'expert-comptable pour les travaux comptables (3 000 à 10 000 euros). Au total, comptez entre 17 000 et 50 000 euros selon la complexité de l'opération.
Peut-on fusionner une SAS avec une SARL ?
Oui, la fusion entre une SAS et une SARL est juridiquement possible (article L.236-1 du Code de commerce ne restreint pas les formes sociales). Cependant, la société absorbante devra émettre des titres de sa propre forme sociale (des actions SAS ou des parts sociales SARL). En pratique, si la SARL absorbe la SAS, les actionnaires de la SAS recevront des parts sociales de SARL, et inversement. Il est souvent recommandé de transformer préalablement l'une des sociétés pour harmoniser les formes sociales.

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