Fiscalité8 min de lecture27 juin 2026

Droits d'enregistrement sur la cession d'entreprise

Barème des droits d'enregistrement : cession de fonds (3-5 %), parts sociales (3 %), actions (0,1 %). Qui paie quoi ?

01

Principe des droits d'enregistrement

Les droits d'enregistrement sont des taxes perçues par l'État à l'occasion de la mutation de propriété d'un bien. Dans le cadre d'une cession d'entreprise, ils s'appliquent au transfert de propriété des titres sociaux (parts ou actions) ou du fonds de commerce.

Nature des droits :

Il s'agit d'un impôt indirect sur la mutation à titre onéreux

Les droits sont calculés sur le prix de cession effectif (ou la valeur vénale si supérieure)

Ils sont exigibles au moment de l'enregistrement de l'acte de cession

Le paiement est un préalable obligatoire à l'enregistrement

Différence fondamentale selon la nature de la cession :

Cession de fonds de commerce : droits calculés selon un barème progressif (0 % à 5 %)

Cession de parts sociales (SARL) : droit fixe de 3 % après abattement

Cession d'actions (SAS, SA) : droit fixe de 0,1 %

Le choix de la structure de l'opération (cession de titres vs cession de fonds) a donc un impact fiscal direct considérable. C'est un élément clé de la négociation entre cédant et repreneur.

Délai d'enregistrement :

L'acte de cession doit être enregistré auprès du service des impôts des entreprises (SIE) dans un délai d'un mois à compter de la date de l'acte. Au-delà, des pénalités de retard s'appliquent.

Pour comprendre la fiscalité globale de la cession, consultez Fiscalité de la cession d'entreprise : guide complet 2026.

02

Cession de fonds de commerce : barème 3-5 %

La cession d'un fonds de commerce est soumise à un barème progressif de droits d'enregistrement, appliqué sur le prix de vente.

Barème en vigueur (2026) :

De 0 à 23 000 euros : 0 % (franchise)

De 23 001 à 200 000 euros : 3 %

Au-delà de 200 000 euros : 5 %

Exemple de calcul :

Pour un fonds de commerce cédé à 500 000 euros :

Tranche 0 - 23 000 euros : 0 euro

Tranche 23 001 - 200 000 euros : 177 000 x 3 % = 5 310 euros

Tranche 200 001 - 500 000 euros : 300 000 x 5 % = 15 000 euros

Total des droits : 20 310 euros, soit 4,06 % du prix

Éléments inclus dans l'assiette :

Clientèle et achalandage

Droit au bail commercial

Nom commercial, enseigne, marques

Matériel et outillage (sauf convention contraire)

Stocks de marchandises : exonérés de droits d'enregistrement (soumis à la TVA)

Ventilation du prix :

Il est courant de ventiler le prix entre les différents éléments du fonds pour optimiser les droits :

Le matériel neuf peut être valorisé séparément et soumis à la TVA (récupérable par l'acquéreur)

Les stocks sont exclus de l'assiette des droits d'enregistrement

Le droit au bail peut faire l'objet d'une valorisation distincte

Point de vigilance : l'administration fiscale peut contester une ventilation manifestement sous-évaluée sur certains éléments et sur-évaluée sur d'autres pour réduire l'assiette des droits.

Pour comprendre les spécificités de la cession de fonds, consultez vente-fonds-de-commerce.

03

Parts sociales de SARL : droits à 3 %

La cession de parts sociales de SARL est soumise à un droit d'enregistrement de 3 %, calculé après application d'un abattement.

Calcul des droits :

Taux : 3 % du prix de cession

Abattement : 23 000 euros x (nombre de parts cédées / nombre total de parts)

Base taxable = prix de cession - abattement proportionnel

Formule :

Droits = (Prix de cession - 23 000 x parts cédées / total des parts) x 3 %

Exemple :

SARL au capital de 1 000 parts

Cession de la totalité (1 000 parts) pour 400 000 euros

Abattement : 23 000 x (1 000 / 1 000) = 23 000 euros

Base taxable : 400 000 - 23 000 = 377 000 euros

Droits : 377 000 x 3 % = 11 310 euros

Cession partielle :

Cession de 500 parts sur 1 000 pour 200 000 euros

Abattement : 23 000 x (500 / 1 000) = 11 500 euros

Base taxable : 200 000 - 11 500 = 188 500 euros

Droits : 188 500 x 3 % = 5 655 euros

Particularités :

Les droits sont dus même si la cession est réalisée entre associés

Les droits s'appliquent sur le prix effectif ou la valeur vénale si elle est supérieure

Les cessions de parts de SNC et de sociétés civiles sont soumises au même taux de 3 % (avec un abattement identique pour les sociétés civiles)

Les cessions de parts de sociétés à prépondérance immobilière sont soumises au taux de 5 % (sans abattement)

Comparaison avec les actions :

À 3 %, les droits sur les parts de SARL sont 30 fois supérieurs à ceux sur les actions de SAS (0,1 %). Cette différence peut représenter des dizaines de milliers d'euros sur une opération importante. C'est un argument en faveur de la transformation de la SARL en SAS avant la cession.

04

Actions de SAS et SA : droits à 0,1 %

La cession d'actions (SAS, SA, SCA) bénéficie du taux d'enregistrement le plus favorable : 0,1 % du prix de cession, plafonné à 5 000 euros par mutation.

Caractéristiques :

Taux : 0,1 % du prix de cession

Plafond : 5 000 euros par acte de cession

Pas d'abattement : le droit s'applique sur le prix intégral

Pas de barème progressif : taux unique

Exemple :

Cession de 100 % des actions d'une SAS pour 800 000 euros

Droits : 800 000 x 0,1 % = 800 euros

Cession d'actions pour 10 000 000 euros

Droits calculés : 10 000 000 x 0,1 % = 10 000 euros, plafonné à 5 000 euros

Comparaison des droits selon la forme juridique :

Pour une cession à 500 000 euros :

Fonds de commerce : environ 20 310 euros (4 %)

Parts de SARL : 14 310 euros (2,9 %)

Actions de SAS : 500 euros (0,1 %)

L'économie est massive : jusqu'à 19 810 euros de différence entre une cession de fonds et une cession d'actions de SAS.

Transformation SARL en SAS avant cession :

Compte tenu de l'écart de taxation, la transformation de la SARL en SAS avant la cession est une stratégie d'optimisation fréquente :

La transformation est neutre fiscalement (pas de taxation de plus-value)

Le coût de transformation est de 2 000 à 5 000 euros (avocat + greffe + commissaire à la transformation)

L'économie de droits d'enregistrement est souvent supérieure à 10 000 euros

Délai : 2 à 3 mois

Attention : la transformation doit intervenir suffisamment en amont de la cession pour ne pas être qualifiée d'abus de droit. Un délai de 6 mois minimum est recommandé.

05

Les exonérations et réductions possibles

Plusieurs dispositifs permettent de réduire ou supprimer les droits d'enregistrement dans des situations spécifiques.

Exonération en Zone de Revitalisation Rurale (ZRR) :

Exonération totale des droits d'enregistrement pour les acquisitions de fonds de commerce situés en ZRR

Condition : le prix du fonds ne doit pas dépasser 300 000 euros pour une exonération totale (avec montant révisable)

Le repreneur doit s'engager à maintenir l'activité pendant 5 ans minimum

Exonération pour les rachats d'entreprise par les salariés :

Exonération totale des droits d'enregistrement lorsque le fonds est racheté par un ou plusieurs salariés de l'entreprise

Applicable aux cessions de fonds de commerce dont la valeur est inférieure à 300 000 euros

Les salariés doivent avoir au moins 2 ans d'ancienneté

Réduction pour les cessions intra-familiales :

Un abattement de 300 000 euros s'applique pour les cessions de fonds de commerce en ligne directe (parent-enfant)

Cet abattement réduit significativement l'assiette des droits

Cession de titres de sociétés en difficulté :

Les cessions réalisées dans le cadre d'une procédure collective (redressement, liquidation judiciaire) peuvent bénéficier d'une exonération partielle ou totale

Le tribunal de commerce peut accorder une remise des droits dans le cadre du plan de reprise

Régime des marchand de biens :

Les acquéreurs ayant le statut de marchand de biens bénéficient d'un droit fixe en lieu et place des droits proportionnels

Condition : revendre le bien dans un délai de 5 ans

Conseil : vérifiez systématiquement l'éligibilité de votre transaction à l'un de ces dispositifs d'exonération. L'économie peut être substantielle et ces dispositifs sont souvent méconnus des praticiens.

06

Qui paie les droits d'enregistrement ?

La question de la prise en charge des droits d'enregistrement fait partie intégrante de la négociation entre cédant et repreneur.

Principe légal :

En matière de cession de fonds de commerce, les droits sont légalement à la charge de l'acquéreur

En matière de cession de parts sociales ou d'actions, les droits sont également à la charge de l'acquéreur par principe

Toutefois, les parties peuvent convenir autrement dans l'acte de cession

En pratique :

Dans la majorité des cas, c'est l'acquéreur qui supporte les droits d'enregistrement

Le cédant peut accepter de partager les droits pour faciliter la transaction

Exceptionnellement, le cédant prend en charge les droits pour rendre son prix plus attractif

Impact sur la négociation du prix :

Si l'acquéreur paie les droits, il intègre ce coût dans son prix total d'acquisition

Les droits d'enregistrement ne sont pas déductibles du résultat de l'acquéreur (ils font partie du coût d'acquisition des titres)

Pour un acquéreur finançant son acquisition par emprunt, les droits alourdissent le montant à emprunter

Exemple d'impact :

Acquisition d'un fonds de commerce à 500 000 euros :

Droits d'enregistrement : 20 310 euros (à la charge de l'acquéreur)

Honoraires d'avocat : environ 8 000 euros

Frais d'audit : environ 5 000 euros

Coût total de la transaction : 533 310 euros

Les droits représentent 3,8 % du coût additionnel

Clause type dans l'acte de cession :

« Les droits d'enregistrement et tous frais résultant de la présente cession seront supportés par le cessionnaire / seront partagés par moitié entre le cédant et le cessionnaire. »

Conseil : si vous êtes repreneur, négociez la prise en charge des droits par le cédant en contrepartie d'un prix légèrement supérieur. Le cédant peut ainsi déduire ces frais de sa plus-value, alors que l'acquéreur ne peut pas les déduire.

07

Optimiser les droits d'enregistrement

Plusieurs stratégies permettent de minimiser l'impact des droits d'enregistrement sur le coût total de l'acquisition.

Stratégie 1 : Cession de titres plutôt que de fonds

La différence de taxation est considérable :

Fonds de commerce (500 000 euros) : 20 310 euros de droits

Parts de SARL (500 000 euros) : 14 310 euros de droits

Actions de SAS (500 000 euros) : 500 euros de droits

Quand c'est possible, privilégiez la cession de titres plutôt que la cession de fonds de commerce.

Stratégie 2 : Transformation SARL en SAS

Coût : 2 000 à 5 000 euros

Économie : 3 % - 0,1 % = 2,9 % du prix sur les droits

Rentable dès que le prix de cession dépasse 100 000 euros

Délai : 2 à 3 mois avant la cession

Stratégie 3 : Ventilation optimisée du prix (cession de fonds)

Valoriser séparément le matériel (soumis à la TVA récupérable, pas aux droits d'enregistrement)

Exclure les stocks de l'assiette des droits (soumis à la TVA)

Valoriser correctement le droit au bail vs la clientèle

Stratégie 4 : Bénéficier des exonérations

Vérifier si l'entreprise est située en ZRR ou en QPV

Explorer le rachat par les salariés si applicable

Étudier les conditions d'exonération pour les cessions intra-familiales

Stratégie 5 : Structuration en deux temps

Étape 1 : le cédant apporte son fonds de commerce à une SAS qu'il crée (opération en franchise de droits sous certaines conditions)

Étape 2 : le cédant cède les actions de la SAS à l'acquéreur (droits de 0,1 %)

Attention : cette opération doit avoir une substance économique et ne pas être réalisée dans un but exclusivement fiscal

Stratégie 6 : Clause d'earn-out

L'earn-out réduit le prix initial et donc la base immédiate des droits d'enregistrement

Les droits complémentaires ne sont dus qu'au moment du versement effectif de l'earn-out

Avantage de trésorerie pour l'acquéreur

Recommandation : faites réaliser une simulation complète des droits d'enregistrement selon différentes structures de transaction (fonds, parts SARL, actions SAS) avant de finaliser la négociation. L'économie peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Pour une vue globale de la négociation, consultez negociation-cession-entreprise.

Questions fréquentes

Peut-on transformer une SARL en SAS juste avant la cession pour réduire les droits ?
Oui, la transformation d'une SARL en SAS est une opération **fiscalement neutre** qui permet de passer d'un taux de droits de 3 % à 0,1 %. Toutefois, il est recommandé de réaliser cette transformation **au moins 6 mois avant** la cession pour éviter le risque de requalification en abus de droit. Le coût de la transformation (2 000 à 5 000 euros) est très rapidement amorti par l'économie de droits réalisée.
Les droits d'enregistrement sont-ils récupérables par l'acquéreur ?
Non, les droits d'enregistrement ne sont **pas récupérables** au sens fiscal. Ils ne sont pas déductibles du résultat de l'acquéreur car ils font partie du coût d'acquisition des titres ou du fonds. Ils viendront toutefois en augmentation du **prix de revient** des titres, ce qui réduira la plus-value en cas de revente ultérieure. C'est un coût sec qui doit être intégré dans le plan de financement.
Les stocks sont-ils soumis aux droits d'enregistrement dans une cession de fonds ?
Non, les **stocks de marchandises** sont exclus de l'assiette des droits d'enregistrement. Ils sont soumis à la **TVA** au taux normal. C'est pourquoi il est important de bien ventiler le prix entre les éléments incorporels du fonds (soumis aux droits d'enregistrement) et les stocks (soumis à la TVA, récupérable par l'acquéreur). Cette ventilation doit être réaliste et documentée pour éviter une contestation de l'administration.

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