Juridique & Due Diligence8 min de lecture22 mai 2026

Droit d'information des salariés en cas de cession

Loi Hamon : obligations d'information des salariés avant une cession. Délais, sanctions et cas de dispense.

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La loi Hamon : contexte et objectifs du droit d'information

La loi Hamon du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire a introduit un droit d'information préalable des salariés en cas de cession d'entreprise. L'objectif affiché par le législateur était de favoriser la reprise d'entreprises par les salariés en leur donnant la possibilité de formuler une offre de rachat.

Le contexte politique et économique

Cette loi est née d'un constat : chaque année, des milliers de PME et TPE viables ferment leurs portes faute de repreneur. Le législateur a estimé que les salariés, qui connaissent l'entreprise de l'intérieur, pouvaient constituer une solution de reprise dans certains cas.

L'esprit de la loi

Le droit d'information des salariés repose sur l'idée que :

Les salariés ont un intérêt légitime à être informés d'un projet de cession qui affecte leur emploi

Ils doivent avoir le temps de préparer une éventuelle offre de reprise

L'information doit être donnée suffisamment tôt pour permettre une réflexion sérieuse

Le dirigeant n'est pas obligé d'accepter l'offre des salariés — il conserve le libre choix de l'acquéreur

Les modifications de 2015 (loi Macron)

La loi Macron du 6 août 2015 a assoupli le dispositif initial :

Suppression de la sanction de nullité de la cession en cas de non-respect (remplacée par une amende civile)

Réduction du délai d'information dans certains cas

Clarification du périmètre des informations à communiquer

Ajout de cas de dispense supplémentaires

L'articulation avec les autres obligations

Le droit d'information des salariés s'articule avec d'autres obligations :

La consultation du CSE (Comité Social et Économique) pour les entreprises d'au moins 50 salariés

Les obligations liées au processus de cession lui-même (voir Cession de parts sociales : procédure et formalités et Cession d'actions de SAS : mode d'emploi)

Le respect du NDA : les salariés informés sont tenus à la discrétion (voir L'accord de confidentialité (NDA) en cession d'entreprise)

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Quelles entreprises sont concernées ?

Le droit d'information des salariés ne s'applique pas à toutes les entreprises. Son périmètre d'application dépend de la taille de l'entreprise et de la nature de la cession.

Les entreprises soumises à l'obligation

Entreprises de moins de 250 salariés :

Toutes les PME et TPE de moins de 250 salariés sont concernées

La forme juridique est indifférente : SARL, SAS, SA, SNC, entreprise individuelle

L'obligation s'applique que l'entreprise soit bénéficiaire ou déficitaire

Les types de cession couverts

L'obligation d'information s'applique en cas de :

Cession de parts sociales ou d'actions représentant plus de 50% du capital (ou donnant accès à plus de 50% du capital)

Cession du fonds de commerce

Cession du bloc de contrôle (même si la cession porte sur moins de 50% des titres, si elle entraîne un changement de contrôle effectif)

Les exclusions

L'obligation ne s'applique pas :

Aux entreprises de 250 salariés et plus (qui ont leurs propres obligations via la consultation du CSE)

Aux transmissions familiales (succession, donation entre époux, ascendants, descendants)

Aux cessions intervenant dans le cadre d'une procédure collective (sauvegarde, redressement, liquidation judiciaire)

Aux cessions de titres de sociétés cotées en bourse

Aux augmentations de capital réservées (même si elles diluent les actionnaires existants)

Le seuil de 250 salariés

Le seuil s'apprécie à la date du projet de cession, en tenant compte de l'ensemble des salariés de l'entreprise (CDI, CDD, temps partiels comptés au prorata). Les salariés des filiales ne sont pas pris en compte sauf si l'employeur est une UES (Unité Économique et Sociale).

Le cas des groupes

Si la cession porte sur les titres d'une holding détenant des filiales de moins de 250 salariés, l'obligation d'information s'applique dans chaque filiale dont les titres sont indirectement cédés. C'est un point souvent négligé qui peut avoir des conséquences importantes.

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Délai et modalités de l'information

Le respect du délai et des modalités de l'information est essentiel pour éviter les sanctions. La procédure est encadrée de manière précise par le Code de commerce.

Le délai d'information

Les salariés doivent être informés au plus tard 2 mois avant la cession. Ce délai de 2 mois court à compter de la date de réception de l'information par les salariés, et non à compter de son envoi.

Précisions importantes :

La « cession » s'entend de la date de conclusion du contrat de vente (signature de l'acte définitif), pas de la date de transfert effectif de propriété

Le délai peut être réduit si les salariés renoncent expressément à présenter une offre avant l'expiration des 2 mois

Si la cession intervient avant l'expiration du délai de 2 mois sans que les salariés aient renoncé, la cession est irrégulière

Les modes de notification

L'information peut être communiquée par plusieurs moyens :

Au cours d'une réunion d'information : le dirigeant réunit les salariés et les informe oralement, avec remise d'un document écrit et signature d'un registre de présence

Par affichage : sur les panneaux habituels de communication de l'entreprise, avec accusé de réception

Par courrier électronique : à condition de pouvoir prouver la date de réception (date certaine)

Par lettre recommandée avec accusé de réception : le moyen le plus sûr juridiquement

Par remise en main propre contre récépissé daté et signé

La preuve de l'information

Le dirigeant doit être en mesure de prouver :

La date à laquelle l'information a été donnée

Le contenu de l'information

L'identité de chaque salarié informé

Recommandation pratique : privilégiez la remise en main propre contre récépissé ou la lettre recommandée. L'affichage simple est risqué car il est difficile de prouver que chaque salarié en a effectivement pris connaissance.

Le cas des salariés absents

Les salariés en congé, en arrêt maladie ou en formation au moment de la notification doivent également être informés. Envoyez-leur une lettre recommandée à leur domicile pour sécuriser le processus.

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Le contenu de l'information à communiquer

Le contenu de l'information est encadré mais limité. Le dirigeant n'est pas tenu de révéler l'ensemble des détails de la transaction, mais doit fournir les éléments essentiels.

Ce que l'information doit contenir

L'information communiquée aux salariés doit porter sur :

L'intention de céder : le fait qu'un projet de cession est envisagé

La possibilité de présenter une offre : les salariés doivent savoir qu'ils peuvent formuler une offre de rachat

Attention : la loi n'impose pas de communiquer :

Le prix envisagé ou le prix de l'offre en cours

L'identité du ou des candidats acquéreurs

Les conditions détaillées de la cession

Les documents financiers de l'entreprise (sauf si les salariés en font la demande dans le cadre d'une offre)

Ce que l'information ne doit pas contenir

Le dirigeant doit veiller à ne pas communiquer d'informations couvertes par le NDA signé avec les candidats acquéreurs. L'information des salariés est un exercice d'équilibre entre :

L'obligation légale de transparence envers les salariés

L'obligation contractuelle de confidentialité envers les candidats acquéreurs

La nécessité de ne pas perturber l'activité de l'entreprise

La formulation recommandée

Un modèle de notification pourrait être formulé ainsi :

« Conformément aux articles L.23-10-1 et suivants du Code de commerce, je vous informe de mon intention de procéder à la cession de [la majorité des parts sociales / du fonds de commerce] de la société [nom]. En application de la loi, vous avez la possibilité de présenter une offre d'acquisition. Si vous souhaitez exercer ce droit, je vous invite à me faire part de votre intention dans un délai de [X] jours à compter de la réception de la présente. »

L'information complémentaire

Si un ou plusieurs salariés manifestent leur intérêt pour formuler une offre, le dirigeant est tenu de leur communiquer les informations nécessaires à l'élaboration de leur offre, dans les limites de la confidentialité. Les salariés sont alors tenus à une obligation de discrétion sur les informations reçues.

L'articulation avec le CSE

Dans les entreprises dotées d'un CSE (50 salariés et plus), la consultation du CSE sur le projet de cession est une obligation distincte et complémentaire du droit d'information individuel des salariés. Les deux obligations doivent être respectées cumulativement.

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Les sanctions en cas de non-respect

Le régime de sanctions a considérablement évolué depuis l'adoption de la loi Hamon. La loi Macron de 2015 a supprimé la sanction la plus redoutée (la nullité de la cession) au profit d'une amende civile.

L'évolution des sanctions

Avant la loi Macron (2014-2015) :

Le non-respect du droit d'information pouvait entraîner la nullité de la cession à la demande de tout salarié. Cette sanction draconienne avait provoqué une vive inquiétude chez les praticiens et les chefs d'entreprise, car elle créait une insécurité juridique majeure pour les acquéreurs.

Depuis la loi Macron (août 2015) :

La nullité a été remplacée par une amende civile pouvant atteindre 2% du montant de la cession. Cette sanction est prononcée par le tribunal de commerce à la demande du ministère public.

Le calcul de l'amende

L'amende est plafonnée à 2% du prix de cession. Pour une cession de 1 000 000 €, l'amende maximale est donc de 20 000 €. Le montant effectif est fixé par le juge en fonction :

De la gravité du manquement : absence totale d'information vs information tardive ou incomplète

De la bonne foi du cédant : méconnaissance de la loi vs violation délibérée

Du préjudice subi par les salariés : avaient-ils réellement la capacité de formuler une offre ?

Les risques pratiques

Au-delà de l'amende civile, le non-respect du droit d'information expose le cédant à :

Un contentieux prud'homal : les salariés pourraient invoquer un préjudice distinct lié au non-respect de leur droit à l'information

Une dégradation du climat social : la découverte tardive du projet de cession peut créer un sentiment de trahison

Une mise en cause de la responsabilité du cédant vis-à-vis de l'acquéreur si ce dernier subit les conséquences d'un manquement à l'obligation d'information

Les mesures préventives

Pour sécuriser la transaction :

Intégrer le droit d'information dans le calendrier de cession dès le début du processus

Documenter rigoureusement chaque étape de la procédure d'information

Prévoir une clause dans l'acte de cession par laquelle le cédant déclare et garantit avoir respecté l'obligation d'information

Conditionner le closing à la preuve du respect de l'obligation (condition suspensive)

L'acquéreur a tout intérêt à vérifier le respect de cette obligation lors de la La due diligence en acquisition d'entreprise : guide complet.

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Les cas de dispense de l'obligation d'information

La loi prévoit plusieurs cas de dispense dans lesquels le dirigeant n'est pas tenu d'informer les salariés du projet de cession. Ces dispenses ont été élargies par la loi Macron de 2015.

Dispense n°1 : L'information triennale dans les entreprises de moins de 250 salariés

Depuis la loi Macron, les entreprises de moins de 250 salariés doivent informer leurs salariés, au moins une fois tous les 3 ans, sur les conditions générales d'une reprise d'entreprise par les salariés. Si cette information triennale a été correctement effectuée, elle ne dispense pas de l'information spécifique lors d'un projet de cession, mais elle facilite le processus.

Dispense n°2 : Les transmissions familiales

L'obligation d'information ne s'applique pas aux transmissions entre :

Époux et partenaires de PACS

Ascendants et descendants (parents/enfants)

Co-héritiers dans le cadre d'une succession

Cette dispense est logique car ces transmissions n'entraînent généralement pas de changement radical dans la gestion de l'entreprise.

Dispense n°3 : Les procédures collectives

Les cessions intervenant dans le cadre d'une procédure de sauvegarde, d'un redressement judiciaire ou d'une liquidation judiciaire sont dispensées. Dans ces situations, le tribunal supervise le processus et les salariés sont informés par d'autres voies (représentants du personnel, mandataire judiciaire).

Dispense n°4 : Les entreprises en difficulté sous mandat ad hoc ou conciliation

Les cessions réalisées dans le cadre d'une procédure de prévention (mandat ad hoc, conciliation) bénéficient également d'une dispense, car la confidentialité de ces procédures est essentielle à leur efficacité.

Dispense n°5 : Renonciation anticipée des salariés

Les salariés peuvent renoncer individuellement à exercer leur droit de présenter une offre. Cette renonciation doit être :

Libre et éclairée (pas de pression de l'employeur)

Écrite et datée

Postérieure à la notification du projet de cession

Si tous les salariés renoncent, le délai de 2 mois est raccourci et la cession peut intervenir plus rapidement.

Dispense n°6 : Les sociétés cotées

Les cessions de titres de sociétés admises aux négociations sur un marché réglementé sont dispensées, car elles sont soumises à leurs propres obligations de transparence (AMF).

Recommandation pratique

Même dans les cas de dispense, il est souvent judicieux d'informer les salariés du projet de cession, ne serait-ce que pour maintenir un climat de confiance et préparer la transition. Un repreneur qui découvre une équipe hostile ou inquiète le jour de la cession fait face à un risque opérationnel majeur. Pour les aspects contractuels de la transition, consultez La clause de non-concurrence dans une cession.

Questions fréquentes

Les salariés peuvent-ils bloquer la cession de l'entreprise ?
Non, les salariés ne peuvent pas bloquer la cession. Le droit d'information leur donne la possibilité de formuler une offre de rachat, mais le dirigeant reste entièrement libre de choisir son acquéreur. Il n'est pas tenu d'accepter l'offre des salariés, même si celle-ci est financièrement supérieure à celle d'un tiers. Depuis la loi Macron de 2015, le non-respect de l'obligation d'information n'entraîne plus la nullité de la cession mais une amende civile de 2% maximum du prix.
Le dirigeant doit-il communiquer le prix de vente aux salariés ?
Non, la loi n'oblige pas le dirigeant à communiquer le prix de cession ni l'identité des candidats acquéreurs. L'information porte uniquement sur l'existence d'un projet de cession et sur la possibilité pour les salariés de présenter une offre. Si des salariés manifestent un intérêt sérieux, le dirigeant doit leur fournir les informations nécessaires à l'élaboration de leur offre, mais dans les limites de la confidentialité et sous obligation de discrétion.
Que se passe-t-il si un salarié formule une offre de rachat ?
Le dirigeant n'a aucune obligation d'accepter l'offre d'un salarié. Il conserve la pleine liberté de vendre à qui il souhaite, au prix et aux conditions qu'il négocie librement. Toutefois, si un salarié formule une offre sérieuse, il est recommandé de l'examiner avec attention et de motiver un éventuel refus de manière professionnelle, pour éviter tout contentieux ultérieur. Le salarié ayant formulé une offre est tenu à une obligation de discrétion sur les informations reçues.

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