Le mécanisme de l'apport-cession : principe et fondements
L'apport-cession est un mécanisme d'optimisation fiscale majeur permettant au dirigeant cédant de reporter l'imposition de la plus-value réalisée lors de la cession de ses titres. Codifié à l'article 150-0 B ter du CGI (Code Général des Impôts), ce dispositif est devenu un outil incontournable de la gestion patrimoniale des chefs d'entreprise.
Le principe en trois étapes
Le mécanisme repose sur une séquence précise :
•Étape 1 : Apport — Le dirigeant apporte ses titres de la société opérationnelle à une société holding qu'il contrôle (le plus souvent une SAS ou une SARL). Cette opération constitue un échange : le dirigeant reçoit des titres de la holding en contrepartie de ses titres de la société opérationnelle
•Étape 2 : Report d'imposition — La plus-value constatée lors de l'apport est placée en report d'imposition (et non en exonération). L'impôt n'est pas dû immédiatement mais est « suspendu »
•Étape 3 : Cession — La holding cède les titres de la société opérationnelle à l'acquéreur. Le produit de cession est perçu par la holding, qui peut le réinvestir selon les conditions légales
Les conditions du report d'imposition
L'article 150-0 B ter pose des conditions strictes pour bénéficier du report :
•Le contribuable doit contrôler la société bénéficiaire de l'apport (holding) au sens de l'article L. 233-3 du Code de commerce, c'est-à-dire détenir la majorité des droits de vote ou exercer une influence déterminante
•Les titres apportés doivent être des valeurs mobilières, droits sociaux, titres ou droits mentionnés à l'article 150-0 A du CGI
•L'opération d'apport doit être réalisée avant la cession (et non simultanément)
Distinction avec l'ancien article 150-0 B
L'article 150-0 B (« sursis d'imposition ») prévoyait un mécanisme similaire mais sans les contraintes de réinvestissement introduites par la réforme de 2012. Depuis le 14 novembre 2012, c'est l'article 150-0 B ter qui s'applique lorsque l'apporteur contrôle la société bénéficiaire. L'article 150-0 B reste applicable uniquement lorsque l'apporteur ne contrôle pas la holding.
L'enjeu fiscal
Sans apport-cession, la plus-value de cession est soumise à :
•La flat tax de 30 % (PFU : 12,8 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux), ou
•Le barème progressif de l'IR (jusqu'à 45 %) + prélèvements sociaux de 17,2 %, avec possibilité d'abattement pour durée de détention (article 150-0 D 1 ter du CGI)
Le report d'imposition permet de différer cette charge fiscale et de réinvestir la totalité du produit de cession via la holding.
Pour les stratégies d'optimisation fiscale, consultez Flat tax vs barème progressif : optimiser la fiscalité de sa cession et Abattement départ en retraite du dirigeant cédant.