Juridique & Due Diligence10 min de lecture10 mai 2026

Cession d'actions de SAS : mode d'emploi

Cession d'actions en SAS : clause d'agrément, mouvement de titres, Cerfa, droits d'enregistrement. Différences avec la SARL.

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SAS vs SARL : les différences fondamentales en matière de cession

La SAS (Société par Actions Simplifiée) est devenue la forme juridique la plus plébiscitée pour les créations d'entreprises en France, dépassant largement la SARL en nombre de constitutions. En matière de cession, la SAS offre une flexibilité considérablement supérieure à la SARL.

Les différences clés

Nature des titres :

En SARL : on parle de parts sociales, représentatives d'une quote-part du capital

En SAS : on parle d'actions, comme dans les sociétés anonymes cotées

Liberté de cession :

En SARL : la cession à un tiers est soumise à un agrément légal obligatoire (voir Cession de parts sociales : procédure et formalités)

En SAS : la cession est libre par principe. Les restrictions n'existent que si les statuts les prévoient expressément

Droits d'enregistrement :

Parts de SARL : 3% (avec abattement de 23 000 € proratisé)

Actions de SAS : 0,1% du prix de cession, sans plafond ni abattement

Formalisme :

SARL : signification obligatoire, modification des statuts (les associés y figurent)

SAS : simple inscription dans le registre des mouvements de titres, pas de modification des statuts (les actionnaires n'y figurent généralement pas)

L'avantage fiscal majeur

Sur une cession de 1 000 000 €, la différence de droits d'enregistrement est frappante :

SARL : (1 000 000 - 23 000) × 3% = 29 310 €

SAS : 1 000 000 × 0,1% = 1 000 €

L'écart de 28 310 € explique pourquoi de nombreux dirigeants transforment leur SARL en SAS avant la cession. Cette transformation est possible par décision unanime des associés et ne génère pas de fiscalité immédiate.

Quand la SAS est-elle préférable ?

La SAS est systématiquement recommandée lorsque :

Le dirigeant envisage une cession à moyen terme

L'entreprise fait appel à des investisseurs (fonds, business angels)

Les associés souhaitent une grande liberté statutaire pour organiser la gouvernance

Le capital est réparti entre plusieurs associés avec des droits différents

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La clause d'agrément en SAS : une liberté encadrée

Contrairement à la SARL, la SAS ne prévoit aucun agrément légal. La liberté de cession est totale, sauf si les statuts organisent des restrictions. En pratique, la quasi-totalité des SAS incluent des clauses limitant la libre cessibilité des actions.

La clause d'agrément statutaire

Les statuts de SAS peuvent prévoir que toute cession d'actions à un tiers est soumise à l'agrément préalable des associés ou d'un organe de gouvernance (président, comité de direction, assemblée générale).

Éléments à définir dans les statuts :

L'organe compétent pour statuer sur l'agrément

La majorité requise pour l'agrément

Le délai de réponse (à défaut de précision, le délai est libre)

Les conséquences du refus : obligation de rachat, droit de préemption

La clause de préemption

Plus fréquente dans les SAS, la clause de préemption donne aux associés existants un droit prioritaire pour acquérir les actions cédées, aux mêmes conditions que celles proposées par le tiers acquéreur.

Avantages :

Protège les associés contre l'entrée de tiers non souhaités

Plus souple qu'un agrément car elle n'empêche pas la cession

Permet aux associés de consolider leur participation

La clause d'inaliénabilité

Les statuts peuvent interdire toute cession d'actions pendant une durée limitée (généralement 3 à 5 ans). Cette clause doit être :

Limitée dans le temps (maximum 10 ans selon la jurisprudence)

Justifiée par un intérêt légitime (stabilité de l'actionnariat, protection d'un investissement)

Le pacte d'actionnaires

En complément des statuts, les associés signent souvent un pacte d'actionnaires (extra-statutaire) qui organise :

Les droits de sortie conjointe (tag-along) : un minoritaire peut vendre ses actions aux mêmes conditions que le majoritaire

Les obligations de sortie forcée (drag-along) : le majoritaire peut contraindre le minoritaire à vendre

Les clauses de bad leaver / good leaver : conditions de sortie favorables ou défavorables selon les circonstances du départ

Le droit de première offre (ROFO) : le cédant doit d'abord proposer ses actions aux autres associés

Ces mécanismes sont essentiels pour sécuriser les intérêts de tous les actionnaires. Pour la protection des informations lors de la cession, consultez L'accord de confidentialité (NDA) en cession d'entreprise.

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La procédure de cession d'actions de SAS

La cession d'actions de SAS suit un formalisme allégé par rapport à la SARL, mais certaines étapes demeurent obligatoires pour que la cession soit valide et opposable.

Étape 1 : Vérification des statuts et du pacte d'actionnaires

Avant toute chose, il est impératif de vérifier :

L'existence d'une clause d'agrément ou de préemption

Les éventuelles clauses d'inaliénabilité encore en vigueur

Les droits de tag-along et drag-along du pacte d'actionnaires

Les conditions de notification et délais prévus par les textes

Étape 2 : Purge des droits de préemption et obtention de l'agrément

Si les statuts le prévoient :

Notification du projet de cession aux associés et/ou à la société

Respect du délai de préemption pour les associés souhaitant exercer leur droit

Vote de l'agrément si la clause le prévoit, selon les modalités statutaires

Étape 3 : Négociation et rédaction de l'acte

Accord sur le prix et les conditions de la cession

Rédaction de l'ordre de mouvement (formulaire de transfert d'actions)

Rédaction de l'acte de cession incluant les garanties et conditions suspensives

Négociation de la garantie d'actif et de passif

Étape 4 : Signature et transfert de propriété

Signature de l'acte de cession par les parties

Signature de l'ordre de mouvement par le cédant

Le transfert de propriété est effectif à la date d'inscription dans le registre des mouvements de titres

Étape 5 : Formalités post-cession

Inscription dans le registre des mouvements de titres (obligatoire)

Mise à jour du compte d'actionnaire individuel

Modification des statuts si le cédant était dirigeant

Formalités au greffe si changement de président ou de dirigeant

Enregistrement fiscal de l'acte de cession

Information des salariés

Le droit d'information des salariés s'applique aussi aux SAS de moins de 250 salariés (voir Droit d'information des salariés en cas de cession). Le non-respect de cette obligation peut entraîner la nullité de la cession.

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Le registre des mouvements de titres

Le registre des mouvements de titres est le document officiel qui trace l'ensemble des transferts d'actions au sein d'une SAS. Son importance est capitale car c'est l'inscription dans ce registre qui rend le transfert de propriété opposable à la société.

Obligation légale

Toute SAS est tenue de maintenir un registre des mouvements de titres (article R.228-8 du Code de commerce). Ce registre doit être :

Coté et paraphé par le greffe du tribunal de commerce ou par le juge du tribunal judiciaire

Tenu au siège social de la société

Accessible à tout actionnaire qui en fait la demande

Contenu des inscriptions

Chaque mouvement doit mentionner :

La date de l'opération

L'identité complète du cédant et du cessionnaire

Le nombre d'actions transférées

Le prix unitaire et le prix total

La nature de l'opération (cession, donation, succession, etc.)

Les éventuels nantissements ou charges grevant les actions

L'ordre de mouvement

L'ordre de mouvement est le document qui ordonne l'inscription du transfert dans le registre. Il est signé par :

Le cédant (qui ordonne le transfert)

Le président de la SAS (qui procède à l'inscription)

En pratique, l'ordre de mouvement est souvent annexé à l'acte de cession et signé simultanément.

Les comptes individuels d'actionnaires

En complément du registre, la SAS doit tenir des comptes individuels d'actionnaires qui retracent, pour chaque actionnaire, l'ensemble de ses participations et mouvements. Ces comptes servent de preuve de propriété.

Conséquences d'un défaut d'inscription

L'absence d'inscription au registre ne rend pas la cession nulle entre les parties, mais elle n'est pas opposable à la société ni aux tiers. En cas de conflit, c'est le registre qui fait foi. Il est donc impératif de procéder à l'inscription immédiatement après la signature de l'acte de cession.

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Les droits d'enregistrement sur les cessions d'actions

Les droits d'enregistrement sur les cessions d'actions de SAS constituent un avantage fiscal majeur par rapport aux cessions de parts sociales de SARL.

Le taux applicable

Les cessions d'actions (SAS, SA, SCA) sont soumises à un droit d'enregistrement de 0,1% du prix de cession ou de la valeur vénale des actions si celle-ci est supérieure au prix déclaré.

Absence de plafond et d'abattement

Contrairement au régime antérieur qui prévoyait un plafond, le droit de 0,1% s'applique sans limitation sur le montant total de la cession. Il n'existe pas non plus d'abattement.

Comparaison chiffrée avec les parts sociales

Pour une cession de 2 000 000 € :

Actions SAS : 2 000 000 × 0,1% = 2 000 €

Parts SARL : (2 000 000 - 23 000) × 3% = 59 310 €

L'économie est de 57 310 €, soit près de 3% du prix de cession. Sur des montants plus élevés, l'écart devient considérable.

Qui paie les droits ?

Les droits d'enregistrement sont légalement à la charge de l'acquéreur. Cependant, les parties sont libres de convenir d'une répartition différente dans l'acte de cession.

L'enregistrement de l'acte

L'acte de cession doit être présenté à la formalité de l'enregistrement au service des impôts des entreprises (SIE) dans un délai d'un mois suivant la date de l'acte.

La transformation SARL en SAS avant cession

L'écart de fiscalité explique pourquoi de nombreux cédants transforment leur SARL en SAS avant la cession. Cette transformation est possible :

Par décision unanime des associés

Sans imposition immédiate (neutralité fiscale)

Avec un délai de mise en œuvre de 2 à 4 mois (rédaction de nouveaux statuts, AGE, formalités au greffe)

Coût : environ 2 000 à 5 000 € (frais juridiques et de greffe)

L'économie réalisée sur les droits d'enregistrement justifie presque toujours cette transformation, sauf si le montant de la cession est très faible (< 100 000 €).

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Points d'attention spécifiques à la cession d'actions de SAS

La souplesse de la SAS est un avantage, mais elle exige une vigilance accrue sur certains points que le formalisme de la SARL traite automatiquement.

Les catégories d'actions

Les SAS peuvent émettre des catégories d'actions différentes (actions de préférence) avec des droits distincts :

Actions à dividende prioritaire : droit à un dividende majoré

Actions à droit de vote multiple : plus de poids dans les décisions

Actions sans droit de vote : souvent émises pour les salariés

Bons de souscription d'actions (BSA) : droits d'acquisition futurs

Lors d'une cession, il est essentiel de vérifier :

La catégorie exacte des actions cédées et les droits attachés

L'existence d'actions gratuites (AGA) en période d'acquisition ou de conservation

Les BSA et BSPCE émis : leur exercice pourrait diluer l'acquéreur

Le prix et la valorisation

Contrairement à la SARL où l'expert de l'article 1843-4 peut être sollicité en cas de désaccord, en SAS, la détermination du prix est entièrement contractuelle. Les statuts ou le pacte peuvent prévoir une formule de prix (multiple d'EBITDA, actif net réévalué), ce qui facilite les cessions mais peut aussi piéger un actionnaire minoritaire.

La clause de changement de contrôle

De nombreux contrats commerciaux, baux et accords de financement contiennent des clauses de changement de contrôle qui permettent au cocontractant de résilier ou de renégocier en cas de cession. Il est impératif de :

Inventorier tous les contrats contenant une telle clause

Obtenir les consentements nécessaires avant le closing

Anticiper les éventuelles résiliations et leur impact sur la valorisation

La garantie d'actif et de passif

En SAS comme en SARL, la GAP est un élément central de la négociation. Ses conditions (durée, plafond, franchise, périmètre) doivent être soigneusement négociées. Pour les points clés de la due diligence qui alimentent la GAP, consultez La due diligence en acquisition d'entreprise : guide complet.

Les formalités simplifiées, un risque de négligence

La simplicité formelle de la cession d'actions peut conduire à des oublis :

Ne pas mettre à jour le registre des mouvements de titres

Oublier l'enregistrement fiscal dans le délai d'un mois

Négliger l'information des salariés (droit d'information préalable)

Omettre la purge des droits de préemption statutaires

Ces négligences peuvent avoir des conséquences juridiques sérieuses, y compris la nullité de la cession dans le cas du droit d'information des salariés.

Questions fréquentes

Est-il plus avantageux de céder des actions de SAS que des parts de SARL ?
Oui, sur le plan fiscal, la cession d'actions de SAS est nettement plus avantageuse : les droits d'enregistrement ne sont que de 0,1% du prix de cession (vs 3% pour les parts de SARL). De plus, le formalisme est simplifié et les statuts de SAS offrent une plus grande souplesse pour organiser les modalités de la cession. C'est pourquoi de nombreux dirigeants transforment leur SARL en SAS avant de procéder à la cession.
Peut-on transformer une SARL en SAS juste avant la cession pour économiser sur les droits ?
Oui, la transformation de SARL en SAS est parfaitement légale et fiscalement neutre (pas d'imposition immédiate). Elle nécessite l'unanimité des associés et prend environ 2 à 4 mois. Il n'y a pas de délai minimum entre la transformation et la cession, mais il est recommandé de laisser un délai raisonnable pour éviter toute contestation de l'administration fiscale sur le fondement de l'abus de droit. Un délai de 6 à 12 mois est généralement considéré comme suffisant.
La clause de non-concurrence est-elle obligatoire lors d'une cession d'actions ?
Non, la clause de non-concurrence n'est pas légalement obligatoire lors d'une cession d'actions, mais elle est très fortement recommandée et quasi systématiquement incluse dans l'acte de cession. Sans cette clause, le cédant pourrait théoriquement créer une activité concurrente immédiatement après la vente, ce qui pourrait détruire la valeur acquise par le repreneur. Voir notre article dédié sur la clause de non-concurrence pour les détails de rédaction.

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