Fiscalité10 min de lecture30 mars 2028

Comment transmettre son entreprise via une holding

Apport-cession 150-0 B ter, holding animatrice, OBO : les stratégies de transmission via holding pour optimiser la fiscalité et préparer l'avenir.

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Pourquoi créer une holding avant une cession

La création d'une holding avant la cession de son entreprise est l'une des stratégies d'optimisation patrimoniale les plus efficaces en France. Bien utilisée, elle permet de réduire significativement l'imposition sur la plus-value et de réinvestir dans de nouvelles activités avec une fiscalité avantageuse.

Qu'est-ce qu'une holding ?

Une holding est une société dont l'objet principal est de détenir des participations dans d'autres sociétés. Dans le cadre d'une transmission, le dirigeant apporte ses titres (ou une partie) à une holding avant la cession. La holding devient alors le vendeur des titres de la filiale.

Les raisons de créer une holding avant la cession

1. Reporter l'imposition sur la plus-value : via le mécanisme de l'apport-cession (article 150-0 B ter du CGI), la plus-value constatée lors de l'apport des titres à la holding est placée en report d'imposition, sous condition de réinvestissement.

2. Organiser la transmission familiale : la holding peut faciliter la donation des titres aux enfants (avec le Pacte Dutreil) tout en conservant le contrôle via des actions de préférence ou des droits de vote double.

3. Optimiser la remontée des dividendes : les dividendes versés par la filiale à la holding bénéficient du régime mère-fille (95 % des dividendes exonérés d'impôt, soit un taux effectif de 1,25 %).

4. Structurer un groupe : la holding permet d'acquérir de nouvelles entreprises en utilisant les cash-flows de la filiale, sans fiscalité sur les dividendes intermédiaires.

Pour les détails du montage holding dans le cadre d'une cession, voir Créer une holding pour optimiser sa cession et Fiscalité de la cession d'entreprise : guide complet 2026.

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L'apport-cession (150-0 B ter) : report d'imposition sur la plus-value

L'apport-cession est le dispositif fiscal le plus puissant pour les cédants qui souhaitent réinvestir le produit de leur cession. Il permet de reporter l'imposition de la plus-value indéfiniment, à condition de respecter des conditions précises.

Principe du mécanisme

L'Apport-cession et article 150-0 B ter : guide complet fonctionne en deux temps :

1. L'apport : vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez. Au moment de l'apport, une plus-value est constatée, mais elle est placée en report d'imposition (et non en exonération).

2. La cession : la holding cède les titres à l'acheteur. Tant que la holding réinvestit au moins 60 % du produit de cession dans des entreprises éligibles dans les 2 ans, le report d'imposition est maintenu.

Conditions de maintien du report

La holding doit réinvestir 60 % minimum du produit de cession dans des activités économiques (pas de simple placement financier)

Les investissements éligibles comprennent : les actions d'entreprises non cotées, les fonds de capital-investissement (FCPR, FPCI), les entreprises de moins de 10 ans (souscription au capital)

Le réinvestissement doit intervenir dans les 2 ans suivant la cession

Quand l'imposition est-elle due ?

La plus-value en report est imposée quand :

Vous cédez les titres de la holding

Vous quittez la France (exit tax)

Vous ne respectez pas les conditions de réinvestissement

Les avantages concrets

Pour un cédant avec une plus-value de 2 millions d'euros, la flat tax serait de 600 000 €. Avec l'apport-cession, ces 600 000 € restent investis et travaillent pendant potentiellement 10 à 20 ans avant d'être imposés. L'effet de capitalisation est considérable.

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Les dividendes remontés et le régime mère-fille

Une fois la cession réalisée à travers la holding, se pose la question de l'utilisation du produit de cession au sein de la structure. La gestion des flux financiers entre la holding et ses filiales obéit à des règles fiscales avantageuses.

Le régime mère-fille

Quand une holding détient plus de 5 % d'une filiale, les dividendes reçus de cette filiale sont exonérés d'impôt sur les sociétés à 95 %. Seule une quote-part de 5 % est réintégrée dans le résultat imposable (correspondant aux frais et charges).

Concrètement, si la filiale verse 100 000 € de dividendes à la holding :

95 000 € sont exonérés

5 000 € sont réintégrés et imposés au taux IS (25 %)

Imposition effective : 1 250 € (soit 1,25 % du dividende)

L'intégration fiscale

Pour les groupes de holding avec plusieurs filiales détenues à plus de 95 %, le régime de l'intégration fiscale permet de consolider les résultats fiscaux et de compenser les bénéfices d'une entité avec les déficits d'une autre.

La trésorerie de la holding

Le produit de cession détenu dans la holding peut être réinvesti sans imposition immédiate :

Acquisition d'autres entreprises (Stratégie de croissance externe : guide pour PME)

Investissement dans des FCPR ou FPCI (fonds de private equity)

Placements financiers (attention : les revenus du portefeuille sont imposés au niveau de la holding)

Les pièges de la remontée de trésorerie

Attention : pour que les dividendes remontés à la holding soient réellement disponibles pour vous personnellement, il faudra à un moment les distribuer de la holding vers vous. À ce stade, la flat tax (30 %) s'applique. La holding n'est pas une exonération définitive mais un report et une optimisation du calendrier fiscal.

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Donation holding + Pacte Dutreil

La combinaison holding + Pacte Dutreil est l'une des stratégies de transmission familiale les plus efficaces en France. Elle permet de transmettre une entreprise à ses enfants avec une économie de droits de donation considérable.

Le Pacte Dutreil : rappel du mécanisme

Le Le pacte Dutreil : transmettre à moindre coût fiscal permet une exonération de 75 % de la valeur des titres transmis (par donation ou succession) sous conditions :

Les signataires s'engagent à conserver les titres pendant 2 ans (engagement collectif) puis 4 ans (engagement individuel)

La direction doit être exercée par l'un des signataires pendant 3 ans

Tous les héritiers doivent participer à l'engagement individuel de conservation

La combinaison avec une holding

Créer une holding avant de signer le Pacte Dutreil permet de :

1. Rationaliser la structure actionnariale (un seul niveau de titres plutôt que plusieurs sociétés opérationnelles)

2. Faciliter la répartition entre les enfants (chacun reçoit des titres de la holding, pas directement des filiales)

3. Permettre une donation de la nue-propriété tout en conservant l'usufruit (et donc les dividendes) dans la holding

Calcul de l'économie fiscale

Pour une transmission de 2 millions d'euros entre un parent et deux enfants (avec Pacte Dutreil) :

Sans Pacte Dutreil : assiette de 2 M€ après abattement de 100 000 € par enfant

Avec Pacte Dutreil : assiette de 500 000 € (25 % × 2 M€) après abattement de 100 000 € par enfant

L'économie peut dépasser 300 000 à 400 000 € de droits de mutation

Conditions de timing

Le Pacte Dutreil doit être mis en place avant la cession de l'entreprise. Si la donation intervient après la cession, le Pacte Dutreil ne s'applique plus car les titres sont des liquidités et non plus des titres d'entreprise. Le timing est donc crucial.

Pour la gouvernance de la transmission familiale, voir Gouvernance familiale et plan de succession et Guide de la transmission d'entreprise en famille.

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Les pièges à éviter

Les montages holding sont puissants mais complexes. Plusieurs pièges peuvent transformer un avantage fiscal en redressement ou en situation bloquante.

Piège 1 : L'abus de droit fiscal

Le risque principal de tout montage holding est la qualification en abus de droit par l'administration fiscale (article L64 du Livre des Procédures Fiscales). Les critères : montage artificiel, sans substance économique, ayant pour seul objet d'éluder l'impôt.

Pour éviter ce risque :

La holding doit avoir une substance réelle (activité de gestion, personnel dédié, locaux propres si possible)

Le réinvestissement de l'apport-cession doit être réel et pérenne (pas un simple passage entre les mains)

Documenter la rationalité économique du montage au-delà de la seule fiscalité

Piège 2 : Le non-respect des conditions de réinvestissement

Dans le cadre de l'apport-cession (150-0 B ter), tout manquement aux conditions de réinvestissement (délai de 2 ans, 60 % du produit, activités éligibles) entraîne l'imposition immédiate de la plus-value en report, avec des intérêts de retard.

Piège 3 : La clause de changement de contrôle

Lors de l'apport des titres à la holding, vérifiez que les contrats clés (bail commercial (Le bail commercial dans une cession de fonds de commerce), contrats clients majeurs, conventions de financement) ne contiennent pas de clause de changement de contrôle qui se déclencherait lors de l'apport des titres.

Piège 4 : La création tardive de la holding

Une holding créée trop peu de temps avant la cession (quelques semaines) sera inévitablement suspectée d'être un montage purement fiscal. Il est recommandé de créer la holding au moins 12 à 18 mois avant la transaction.

Piège 5 : L'absence de conseil spécialisé

Ces montages ne doivent jamais être réalisés sans l'accompagnement d'un Pourquoi faire appel à un avocat en cession d'entreprise spécialisé en fiscalité des cessions et d'un Le rôle de l'expert-comptable dans une cession. Les conséquences d'une erreur peuvent se chiffrer en centaines de milliers d'euros.

Questions fréquentes

À quel moment créer la holding avant la cession ?
Idéalement, la holding doit être créée 2 à 3 ans avant la cession prévue. Au minimum, 12 à 18 mois avant. La création doit précéder suffisamment la cession pour ne pas être qualifiée d'abus de droit. Elle doit aussi précéder la mise en place du Pacte Dutreil si vous souhaitez combiner les deux dispositifs. Plus l'anticipation est importante, plus les options d'optimisation sont larges.
L'apport-cession exonère-t-il définitivement la plus-value ?
Non, l'apport-cession (article 150-0 B ter) est un report d'imposition, pas une exonération. La plus-value est "gelée" et sera imposée quand vous céderez les titres de la holding ou quand vous ne respecterez pas les conditions de réinvestissement. En pratique, si vous réinvestissez régulièrement dans de nouvelles entreprises, vous pouvez maintenir le report indéfiniment et ne jamais payer l'impôt de votre vivant (transmission au décès, où la plus-value est purgée).
La holding permet-elle d'éviter les droits de succession ?
Pas directement, mais elle facilite l'application du Pacte Dutreil qui réduit les droits de 75 %. La holding ne supprime pas les droits de succession mais organise la transmission de manière à minimiser l'assiette taxable. Combinée avec des donations fractionnées dans le temps (tous les 15 ans, chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 €), la holding peut permettre de transmettre une fortune entrepreneuriale avec une fiscalité très réduite.
Peut-on créer une holding même si l'on n'a qu'une seule société ?
Oui, absolument. La holding peut être créée pour détenir une seule filiale. Sa valeur est principalement dans l'organisation patrimoniale : optimisation fiscale des dividendes (régime mère-fille), facilité de la transmission familiale, outil pour l'apport-cession. Même un dirigeant avec une seule PME peut tirer avantage d'une holding holding bien structurée.
Quels sont les coûts de gestion d'une holding ?
Une holding génère des coûts récurrents : comptabilité et tenue de comptes (2 000 à 5 000 €/an selon la complexité), frais de gestion administrative (assemblées, dépôts légaux), et éventuellement des cotisations sociales si le dirigeant se verse une rémunération via la holding. La création d'une holding nécessite aussi des honoraires d'avocat et d'expert-comptable (3 000 à 10 000 €). Ces coûts sont largement compensés par les économies fiscales dans les cas où la holding est pertinente.

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