RH & Aspects sociaux10 min de lecture20 avril 2028

Comment protéger ses salariés lors d'une cession

Obligations légales, rôle du CSE, transfert automatique des contrats (L. 1224-1), communication et engagements à prendre envers l'acheteur.

02

Informer les salariés : obligations légales et calendrier

L'information des salariés est une obligation légale dont le non-respect peut, dans certains cas, affecter la validité de la cession. Voici le cadre précis.

La Loi Hamon (loi n°2014-856 du 31 juillet 2014) : le droit de préférence

Pour les entreprises de moins de 250 salariés, la loi Hamon impose d'informer les salariés 2 mois avant la cession définitive de la majorité des titres (ou du fonds de commerce). Les salariés peuvent alors soumettre une offre de reprise.

Points clés :

Le cédant n'est pas obligé d'accepter l'offre des salariés (droit de préférence, pas de préemption)

L'information doit être faite par tout moyen permettant de dater la réception

Le délai de 2 mois peut être réduit si tous les salariés informés signent un document attestant qu'ils ne souhaitent pas déposer d'offre

Sanction du non-respect : amende civile jusqu'à 2% du prix de cession (depuis la loi Macron)

La consultation du CSE ([[comite-social-economique-cession]]) :

Pour les entreprises d'au moins 11 salariés avec CSE, la consultation est obligatoire préalablement à la signature du protocole de cession :

Information du CSE sur le projet de cession

Délai de réponse : 1 mois en général (délai légal de l'avis du CSE)

L'avis du CSE est obligatoire mais non bloquant — la cession peut avoir lieu même en cas d'avis négatif

Un expert peut être nommé par le CSE pour analyser le dossier (coût supporté par l'entreprise)

Sanctions en cas de non-respect :

Nullité de la cession possible dans certains cas extrêmes (contentieux en cours)

Délit d'entrave au fonctionnement du CSE (pénal)

Annulation de la procédure et retard imposé au processus

Voir également Droit d'information des salariés en cas de cession pour le détail des obligations.

03

Négocier des protections pour les salariés dans le SPA

Au-delà des obligations légales, le cédant peut négocier dans le protocole de cession des engagements supplémentaires de l'acquéreur pour protéger ses salariés. Ces clauses sont de plus en plus courantes dans les cessions de PME.

Les engagements typiques négociables :

Maintien de l'emploi :

L'acquéreur s'engage à ne procéder à aucun licenciement économique pendant une période définie (12 à 24 mois généralement)

Cette clause est plus difficile à obtenir en cas de cession en difficulté

Elle peut être limitée aux postes clés identifiés nommément dans une annexe

Maintien des accords d'entreprise :

Les accords collectifs (participation, intéressement, temps de travail) sont maintenus de droit pendant 15 mois puis peuvent être dénoncés par l'acquéreur

Le vendeur peut négocier un engagement de renégociation dans des conditions favorables aux salariés

Politique salariale :

Engagement de maintien du niveau de rémunération global

Maintien des avantages extralégaux (mutuelle, prévoyance, tickets restaurant, voitures de fonction)

Engagement sur les révisions salariales annuelles

Clause résolutoire en cas de non-respect :

Une clause résolutoire (permettant au vendeur de remettre en cause la cession en cas de non-respect) est théoriquement possible mais rarement pratique. Plus réaliste : une clause pénale imposant une indemnisation financière au vendeur en cas de non-respect de certains engagements sociaux clés.

Pourquoi ces protections intéressent aussi le vendeur :

Au-delà de l'éthique, protéger ses salariés dans le SPA protège le vendeur de :

Risques de requalification de la cession si les licenciements suivent immédiatement

Risques réputationnels dans un marché où la réputation du cédant influence sa prochaine étape professionnelle

Litiges post-cession intentés par des salariés estimant avoir été trompés sur les intentions de l'acquéreur

Consultez Pourquoi faire appel à un avocat en cession d'entreprise pour la rédaction de ces clauses.

04

Le rôle du CSE dans le processus de cession

Le Comité Social et Économique est un acteur à part entière du processus de cession. Bien gérer sa relation avec le CSE est à la fois une obligation légale et une stratégie intelligente.

Quand informer et consulter le CSE :

La consultation doit intervenir avant la signature du protocole de cession (avant-contrat / SPA préliminaire). La chronologie légale :

1. Information du CSE : remise d'un dossier décrivant le projet (acquéreur, conditions, impact prévisionnel)

2. Délai de réflexion : le CSE dispose en principe d'1 mois pour rendre son avis (délai pouvant aller jusqu'à 2-3 mois si un expert est nommé)

3. Rendu de l'avis : le CSE rend un avis motivé (favorable, défavorable ou sans avis)

4. Signature du protocole : possible dès que l'avis est rendu ou que le délai est expiré

L'avis du CSE : non-bloquant mais obligatoire

Un avis négatif du CSE ne peut pas bloquer légalement la cession — mais il peut :

Retarder le calendrier de 1 à 3 mois

Créer un contexte social difficile qui inquiète l'acquéreur

Générer de la presse négative si les élus communiquent publiquement

La communication avec les élus du CSE :

Les bonnes pratiques observées lors des cessions bien gérées :

Réunir le CSE en avance pour une information "en confidence" avant l'information officielle (à manier avec précaution légalement)

Présenter personnellement le projet au CSE, avec l'acquéreur si possible

Répondre aux questions concrètes des élus (emploi, site, investissements)

Ne pas minimiser les changements — les élus savent identifier les faux-semblants

La nomination d'un expert par le CSE :

Le CSE peut nommer un expert-comptable pour analyser les aspects financiers et sociaux de la cession. Le coût est à la charge de l'entreprise (75%) et du CSE (25%). Anticiper cette demande et fournir rapidement les documents nécessaires accélère le processus.

Pour les obligations détaillées, consultez Le rôle du CSE dans une opération de cession et Droit d'information des salariés en cas de cession.

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Accompagner les salariés en période de transition

La transition d'une cession est une période de forte incertitude pour les salariés. Même si tout va bien, l'annonce d'un changement d'actionnaire crée des inquiétudes légitimes. La façon dont le cédant gère cette communication a un impact direct sur la valeur de l'entreprise post-cession.

Quand communiquer : le timing de l'annonce

La règle d'or : ne communiquer officiellement qu'une fois la cession certaine (protocole signé et conditions suspensives levées). Annoncer un projet de cession avant sa finalisation expose à :

Des départs de collaborateurs clés (qui cherchent à sécuriser leur emploi ailleurs)

Des fuites vers les concurrents, clients et fournisseurs

Un processus de due diligence parasité par l'anxiété des équipes

Idéalement, l'annonce aux salariés et à l'encadrement intervient le jour du closing ou juste avant.

Comment communiquer : les messages essentiels

Une communication interne efficace répond aux 4 questions que se posent tous les salariés :

1. Mon poste est-il menacé ? → Répondre directement, même si la réponse est incertaine

2. Mon salaire va-t-il changer ? → Rappeler le cadre légal et les engagements pris

3. L'entreprise va-t-elle continuer à exister ? → Présenter la vision de l'acquéreur

4. Qui est le nouveau patron ? → Présenter l'acquéreur personnellement si possible

Présenter le repreneur aux équipes

Une réunion de présentation du nouveau dirigeant/actionnaire aux équipes dans les premières 48 heures suivant l'annonce est fortement recommandée. Les salariés veulent voir qui reprend, écouter sa vision, poser des questions. Un dirigeant qui se rend inaccessible les premiers jours nourrit les rumeurs.

Maintenir la motivation pendant la transition

Les 3 à 6 premiers mois post-cession sont critiques pour la rétention des talents :

Les collaborateurs clés sont souvent approchés par des concurrents qui "flairent" l'opportunité

La productivité peut baisser par incertitude et démotivation

Les best performers ont plus d'alternatives que les autres

Pour les premiers 100 jours du repreneur, voir Les 100 premiers jours du repreneur : plan d'action et Le management de transition dans une cession d'entreprise.

Questions fréquentes

L'article L.1224-1 s'applique-t-il à toutes les cessions ?
L'article L.1224-1 s'applique automatiquement à toute cession d'entreprise constituant un "transfert d'entité économique autonome conservant son identité". En pratique, il s'applique à la cession de fonds de commerce et à la cession de la majorité des titres. Il ne s'applique pas à la cession d'actifs isolés (machines, brevets) qui ne constitue pas le transfert d'une entité économique.
Le droit de préférence de la loi Hamon peut-il bloquer la cession ?
Non. Le droit de préférence oblige le cédant à informer les salariés 2 mois avant et leur permettre de déposer une offre — mais il ne les oblige pas à vendre aux salariés. Si les salariés déposent une offre, le cédant peut la refuser et vendre à un tiers. La seule contrainte réelle est le délai de 2 mois (réductible si les salariés renoncent expressément).
L'acquéreur peut-il licencier des salariés juste après la cession ?
Légalement oui, sous réserve du respect des procédures. Mais si le SPA contient des engagements de maintien de l'emploi, le cédant peut activer les clauses pénales. Par ailleurs, des licenciements économiques massifs dans les mois suivant une cession peuvent exposer l'acheteur à des poursuites pour "fraude à la loi Hamon" si les intentions étaient connues lors de la cession.
Que se passe-t-il avec le CSE si l'entreprise est cédée en urgence ?
Le délai de consultation du CSE (1 mois minimum) est incompressible, même en cas d'urgence. La seule exception est la procédure collective (liquidation, redressement judiciaire) où des délais spéciaux s'appliquent. En cas de non-consultation du CSE hors procédure collective, la cession peut être suspendue ou des sanctions pénales engagées contre le dirigeant cédant.
Les avantages extralégaux (tickets resto, mutuelle, voiture) sont-ils maintenus après la cession ?
Oui, si ces avantages sont contractuels (inscrits dans le contrat de travail ou un accord collectif), ils sont maintenus par L.1224-1. Les usages d'entreprise (avantages non contractuels mais pratiqués de façon générale, constante et fixe) sont également maintenus en principe, mais l'acquéreur peut les dénoncer en respectant une procédure spécifique (dénonciation avec délai de préavis).

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