Secteurs spécifiques12 min de lecture13 novembre 2027

Céder une société de nettoyage et propreté

Cession d'une entreprise de nettoyage : valorisation des contrats pluriannuels, masse salariale, reprise des transferts de personnel (article 7).

01

Marché propreté : dynamiques et consolidation sectorielle

Le secteur de la propreté et des services associés est l'un des plus actifs en matière de fusions-acquisitions en France. Avec un chiffre d'affaires total de plus de 18 milliards d'euros et plus de 500 000 salariés, c'est un secteur de poids qui attire les stratèges comme les fonds d'investissement.

Les acteurs et la concentration :

Le marché est dominé par quelques grands groupes :

ISS, Atalian, Elior Services, Onet, GSF : les leaders qui constituent un bassin d'acquéreurs naturels

PME régionales (10 à 500 salariés) : cœur des cibles de croissance externe

TPE locales (< 10 salariés) : marché de niche, cession souvent limitée à la clientèle

Les segments du marché :

Nettoyage tertiaire (bureaux, immeubles) : marché de volume, forte pression tarifaire

Nettoyage industriel (usines, ateliers) : marges plus élevées, clients plus fidèles

Nettoyage hôpitaux/santé (Bio-nettoyage) : marché réglementé, barrières à l'entrée importantes

Propreté spécialisée (décontamination, haute pression, façades) : niches à forte valeur ajoutée

Multiservices (nettoyage + espaces verts + facility management) : offre premium, clients grands comptes

Les motivations de cession :

Dans ce secteur à main-d'œuvre intensive, les cédants sont souvent :

Fondateurs approchant la retraite : entreprise construite sur 20-30 ans

Entrepreneurs souhaitant décrocher des marchés plus importants (mais manquant de taille critique)

Acteurs souhaitant sortir face à la concurrence des grands groupes sur les appels d'offres

Pour une approche globale, voir Guide complet de la transmission d'entreprise en 2026.

02

Valorisation : CA récurrent, contrats et ressources humaines

La valorisation d'une société de nettoyage repose sur des critères spécifiques à ce secteur à main-d'œuvre intensive, où la récurrence des contrats et la maîtrise des ressources humaines sont les clés de la valeur.

Les multiples de valorisation :

Multiple d'EBE (référence principale) :

Société de nettoyage généraliste, petite taille (< 1 M€ CA) : 1,5 à 2,5x l'EBE

Société avec contrats pluriannuels, taille intermédiaire (1 à 5 M€ CA) : 2,5 à 4x l'EBE

Société spécialisée bio-nettoyage ou propreté industrielle : 3 à 5x l'EBE

Société avec contrats grands comptes certifiés (ISO, MASE) : 3,5 à 5,5x l'EBE

Multiple de CA :

Nettoyage généraliste : 0,3 à 0,5x le CA

Propreté spécialisée avec contrats pluriannuels : 0,4 à 0,7x le CA

La valeur des contrats :

Pour une société de nettoyage, le portefeuille de contrats est l'actif principal :

Contrats pluriannuels (3 à 5 ans) : valorisés à 2-3x leur valeur annuelle restante

Contrats tacitement reconductibles : valorisés à 1,5-2x si ancienneté > 3 ans

Marchés publics : valorisés selon la durée restante et les conditions de renouvellement

Contrats grands comptes (grandes surfaces, banques, assurances) : prime de stabilité et de prestige

Les indicateurs clés à analyser :

Taux d'attrition du portefeuille clients (cible : < 10 % par an)

Durée moyenne des contrats (cible : > 3 ans)

Concentration client (risque si un client > 20 % du CA)

Marge opérationnelle nette des coûts RH (cible : 8 à 15 %)

Taux d'absentéisme (indicateur de la qualité RH, cible : < 8 %)

Les retraitements :

Rémunération dirigeant : retraiter au coût d'un directeur d'exploitation (55 000-75 000 € bruts)

Provisions pour congés payés des agents (impact significatif dans ce secteur)

Voir Les 5 méthodes de valorisation d'entreprise et Le multiple d'EBITDA : comment valoriser une PME.

03

La convention collective propreté et son impact sur la cession

La Convention Collective Nationale des Entreprises de Propreté (IDCC 3043) est l'une des plus complexes et des plus contraignantes du droit social français. Sa compréhension est indispensable pour évaluer correctement une société de nettoyage.

Les spécificités de la CCN Propreté :

Classification des emplois : grille de coefficients spécifique (AS1 à ES3)

Salaires conventionnels : souvent supérieurs au SMIC, à vérifier par rapport aux rémunérations effectives

Prime d'ancienneté : +2 % par tranche de 3 ans d'ancienneté

13ème mois : obligatoire dans le secteur

Tenues de travail : fourniture et entretien à la charge de l'employeur

Médecine du travail : suivi renforcé (travail de nuit, produits chimiques)

Représentants du personnel : seuils d'obligation spécifiques

L'impact sur la valorisation :

Les obligations de la CCN Propreté représentent un coût social structurel qui doit être pleinement intégré dans les retraitements :

Masse salariale chargée souvent supérieure à 65 % du CA (vs 40-50 % dans d'autres secteurs)

Provisions pour congés payés importantes (nombreux salariés à temps partiel)

Coûts de formation obligatoires (CQP Propreté)

Ces charges structurelles expliquent les marges opérationnelles faibles du secteur (5 à 12 % d'EBE sur CA) et donc les multiples de valorisation modérés.

Le risque d'article 7 :

L'article 7 de la CCN Propreté prévoit le transfert automatique des contrats de travail des agents lors du changement de prestataire sur un site client. Ce mécanisme est distinct de l'article L.1224-1 du Code du travail. Concrètement : si le repreneur perd un contrat client au profit d'un concurrent, il doit transférer les agents attachés à ce site au nouveau prestataire. Ce mécanisme réduit le risque de coût de restructuration mais doit être bien compris lors de l'acquisition.

Implications pratiques pour l'acquéreur :

Auditer les contrats de travail de l'ensemble du personnel (classification, salaire, ancienneté)

Vérifier les provisions pour congés payés dans les comptes (souvent insuffisantes)

S'assurer de la conformité aux obligations de formation obligatoire (CQP)

Voir Le sort des salariés lors d'une cession d'entreprise et La due diligence en acquisition d'entreprise : guide complet.

04

Reprise des salariés et obligations légales

Dans le secteur de la propreté, la gestion des ressources humaines est l'enjeu principal lors d'une cession. La main-d'œuvre représente 65 à 75 % des coûts, et sa bonne gestion conditionne la rentabilité post-acquisition.

L'article L.1224-1 et la CCN Propreté :

Le Code du travail (article L.1224-1) prévoit le transfert automatique des contrats de travail lors de la cession d'une entreprise. Dans la propreté, ce mécanisme s'articule avec le spécifique article 7 de la CCN :

L.1224-1 s'applique lors de la cession de l'entreprise elle-même (ou d'une branche d'activité)

Article 7 CCN s'applique lors du changement de prestataire sur un site (perte d'un contrat au profit d'un concurrent)

L'information préalable des salariés :

Pour les entreprises de moins de 250 salariés, le droit d'information préalable (loi Hamon) s'applique :

Information 2 mois avant la signature de l'acte de cession

Possibilité pour les salariés de présenter une offre de reprise

Sanction : amende civile en cas de non-respect (art. L.23-10-7 du Code de commerce)

Voir Droit d'information des salariés en cas de cession pour les modalités pratiques.

La gestion des absences et de l'absentéisme :

Le secteur de la propreté présente un taux d'absentéisme structurellement élevé (8 à 15 % selon les entreprises), dû aux conditions de travail (horaires décalés, travaux physiques). L'acquéreur doit analyser :

Le taux d'absentéisme des 3 dernières années

Les remplacements mis en place

Le coût de l'absentéisme dans les comptes

La direction opérationnelle post-acquisition :

Dans les sociétés de nettoyage, les fonctions critiques sont :

Chefs de secteur : supervision des sites, relation clients quotidienne

Agents de maîtrise : gestion des équipes sur le terrain

Responsable RH : gestion des 50 à 500 contrats de travail souvent à temps partiel

Retenir ces managers est clé pour la continuité du service. Des packages de rétention (prime de maintien sur 18 mois) sont recommandés.

Voir Le rôle du CSE dans une opération de cession pour les obligations vis-à-vis du CSE.

05

Profil acquéreur : groupe propreté ou PME régionale

Les acquéreurs d'une société de nettoyage sont relativement bien identifiés. Le profil de l'acheteur influence fortement le prix et les conditions de la transaction.

Les grands groupes de propreté :

Les majors du secteur (Onet, Atalian, ISS, GSF) poursuivent des stratégies de croissance externe active :

Motivation : acquisition de portefeuille clients dans une zone géographique, récupération de contrats, intégration de spécialités (bio-nettoyage, propreté industrielle)

Multiples pratiqués : 3 à 5x l'EBE pour les cibles intéressantes

Avantages pour le cédant : prix élevé, processus rapide, capacité financière importante

Risques : restructuration possible, absorption de la culture d'entreprise

Les PME régionales en consolidation :

Des PME de 50 à 500 salariés cherchent à atteindre une taille critique pour accéder aux grands appels d'offres :

Motivation : mutualisation des fonctions supports, extension géographique

Multiples pratiqués : 2,5 à 4x l'EBE

Avantages : moins de risque de restructuration, culture proche

Les fonds d'investissement spécialisés services :

Des fonds de capital-investissement spécialisés dans les services BtoB constituent des plateformes de build-up :

Motivation : constituer un groupe régional ou national par agrégation d'acquisitions

Multiples pratiqués : 3 à 5x l'EBE à l'entrée, horizon de revente à 5-7 ans

Voir Le build-up : stratégie d'acquisitions multiples pour comprendre cette stratégie

Les repreneurs individuels :

Pour les petites sociétés (< 1 M€ de CA), des entrepreneurs ou des managers du secteur peuvent être acquéreurs :

Souvent d'anciens directeurs d'exploitation ou chefs de secteur de grands groupes

Financement plus limité, nécessite souvent un crédit vendeur

Les canaux de recherche :

FEP (Fédération des Entreprises de Propreté) : réseau professionnel, bourse de cession

Syndicat Interfédéral du Bâtiment et des Travaux Publics pour les services associés

Réseaux M&A spécialisés services BtoB

Voir Où et comment trouver une entreprise à reprendre et Comment financer une reprise d'entreprise.

Questions fréquentes

Combien vaut une société de nettoyage de 1 million d'euros de CA ?
Pour une société de nettoyage généraliste réalisant 1 M€ de CA avec un EBE de 10 % (100 000 €), la valorisation se situe entre 200 000 € et 400 000 € (2 à 4x l'EBE). Une société avec des contrats pluriannuels stables avec des entreprises ou des collectivités se situera en haut de fourchette. Une société concentrée sur un seul grand client ou avec un turn-over élevé sera décotée. Les certifications (ISO 9001, MASE) et les spécialisations (bio-nettoyage, propreté industrielle) peuvent pousser la valorisation au-delà de 4x l'EBE.
Que signifie l'article 7 de la CCN Propreté pour un acquéreur ?
L'article 7 de la CCN Propreté prévoit que lorsqu'un client change de prestataire de nettoyage, le nouveau prestataire est obligé de reprendre les agents qui travaillaient sur ce site (si ils représentent plus de la moitié du temps de travail sur le site). Pour un acquéreur d'une société de nettoyage, cela signifie : en cas de perte d'un contrat client post-acquisition, les agents de ce site seront transférés au nouveau prestataire (et non licenciés par l'acquéreur). C'est une protection sociale mais aussi un mécanisme qui réduit le coût de restructuration en cas de perte de marché.
Les certifications ISO 9001 ou MASE sont-elles transférables lors de la cession ?
Les certifications ISO 9001 et MASE sont attribuées à l'entité juridique (numéro SIRET). Lors d'une cession de titres de société, elles sont maintenues avec la société (sous réserve d'audit de maintien). Lors d'une cession de fonds de commerce, le repreneur devra engager sa propre démarche de certification. La certification ISO 9001 prend généralement 6 à 18 mois à obtenir. Certains clients grands comptes exigent ces certifications pour maintenir leurs contrats : leur absence temporaire post-cession peut justifier une clause de garantie spécifique dans l'acte de cession.
Comment valoriser le matériel d'une société de nettoyage ?
Le matériel d'une société de nettoyage (autolaveuses, monobrosse, aspirateurs industriels, véhicules utilitaires) se valorise à sa valeur vénale (marché de l'occasion). La valeur est souvent modeste comparée au CA et à l'EBE : le secteur est peu capitalistique. Une autolaveuse de 3 ans vaut 3 000 à 8 000 €, un véhicule utilitaire 10 000 à 25 000 €. L'inventaire précis du matériel avec l'état d'entretien doit figurer dans la data room. La dépréciation rapide du matériel de nettoyage doit être intégrée dans les projections post-acquisition.
Comment protéger le vendeur dans un earn-out sur une société de nettoyage ?
Un earn-out dans la propreté est souvent lié au maintien du portefeuille de contrats et du CA sur 12 à 24 mois. Pour le cédant, les clauses de protection essentielles sont : définition précise du CA retenu dans le calcul (hors nouveaux contrats apportés par l'acquéreur), obligation de l'acquéreur de maintenir les services et tarifs existants (pour ne pas provoquer des résiliations), plafonnement des actions commerciales de l'acquéreur susceptibles de perturber les contrats existants, et arbitrage en cas de désaccord sur le calcul. Voir [[earn-out-cession]] pour les mécanismes détaillés.

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