Restructuring & Difficultés10 min de lecture22 juillet 2028

Peut-on vendre une entreprise en perte ?

Stratégies pour céder une entreprise déficitaire : valorisation des actifs, acquéreurs industriels, procédures collectives et prix de cession.

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Oui, on peut vendre une entreprise en perte

Beaucoup de dirigeants croient qu'une entreprise qui perd de l'argent est invendable. C'est faux. Une entreprise déficitaire peut avoir une valeur réelle — mais cette valeur ne repose pas sur sa rentabilité actuelle, et le processus de cession est différent d'une cession classique.

Pourquoi une entreprise déficitaire peut avoir de la valeur

Les actifs ont une valeur indépendante du résultat : immobilier, équipements, stocks, droit au bail dans une bonne localisation. Ces actifs se valorisent indépendamment des pertes d'exploitation.

La clientèle est précieuse : même si l'entreprise ne génère pas de profit aujourd'hui, un concurrent qui rachète votre portefeuille clients peut en faire quelque chose. Le "prix de la clientèle" est une valeur que le marché reconnaît.

Les pertes peuvent être conjoncturelles : une année déficitaire après 10 ans de profits, ou une perte due à un investissement ponctuel, ne traduit pas une dévalorisation structurelle de l'entreprise. Le bon acquéreur le comprend.

Le potentiel futur peut être distinct des résultats passés : une entreprise qui a développé une technologie, constitué une équipe rare, ou signé un contrat prometteur peut valoir beaucoup même si les chiffres historiques sont négatifs.

Ce qui change par rapport à une cession classique

La valorisation ne peut pas reposer sur les multiples d'EBITDA ou de résultat net — ces métriques sont négatives. Il faut utiliser d'autres approches : actif net corrigé, valeur des actifs cédés séparément, comparables de transactions en difficulté. Voir Les 5 méthodes de valorisation d'entreprise pour les méthodes alternatives.

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Distinguer les types de pertes pour comprendre la valeur

Toutes les pertes ne se valent pas. Avant de conclure que votre entreprise est dévaluée, il est essentiel de qualifier précisément la nature des pertes.

Perte conjoncturelle : valeur préservée

Exemples : perte d'un client qui représentait 30% du CA, crise sanitaire (COVID), hausse soudaine des coûts d'approvisionnement, investissement ponctuel dans un nouvel outil.

Dans ces cas, le "fond" de l'entreprise est intact. La clientèle restante est fidèle, les équipes sont compétentes, le modèle économique est viable. Un acquéreur qui comprend cette situation peut payer un prix raisonnable en pariant sur le rebond.

Signal clé : votre EBITDA retraité (avant les éléments exceptionnels) est positif. La perte comptable vient d'éléments non-récurrents.

Perte structurelle : valeur fortement réduite

Exemples : secteur en déclin irréversible (journaux papier, certains commerces de détail face au e-commerce), modèle économique non compétitif, coûts structurellement trop élevés vs la concurrence.

Ici, la perte n'est pas un accident — c'est le signe d'un problème de fond. La valeur est très limitée, souvent réduite à la valeur de liquidation des actifs.

Signal clé : la perte augmente d'année en année malgré des efforts de réduction des coûts. Il n'y a pas de perspective de retour à la rentabilité sans transformation profonde du modèle.

Perte comptable mais cash-flow positif

Une entreprise peut afficher des pertes comptables tout en générant de la trésorerie. Cela peut arriver en cas d'amortissements élevés (investissement récent), de provisions non décaissées, ou de différences de traitement comptable. Dans ce cas, la "perte" est trompeuse — l'entreprise est en réalité saine sur le plan opérationnel.

C'est un cas favorable à la cession : en retraitant les comptes avec un Le rôle de l'expert-comptable dans une cession, vous pouvez montrer que l'entreprise génère réellement du cash.

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Comment valoriser une entreprise en perte

En l'absence de rentabilité, les méthodes de valorisation classiques (multiples d'EBITDA, DCF) ne s'appliquent pas directement. D'autres approches permettent d'établir une valeur.

Méthode patrimoniale : l'actif net corrigé (ANC)

L'actif net corrigé est la valeur de marché des actifs de l'entreprise, diminuée de ses dettes. C'est la valeur de "liquidation ordonnée" — ce que l'on obtiendrait si on vendait tous les actifs méthodiquement.

Éléments à valoriser :

Immobilier (valeur vénale actuelle, pas la valeur comptable)

Équipements (valeur de revente, pas la valeur nette comptable amortie)

Stocks (valeur réalisable, avec une décote si difficiles à écouler)

Droit au bail (valeur calculée sur la durée restante et le différentiel loyer/marché)

Créances clients (valeur nette après provisions pour créances douteuses)

Moins : toutes les dettes (fournisseurs, banques, fiscales, sociales).

Valeur des actifs incorporels spécifiques

Même en déficit, certains actifs incorporels ont une valeur de marché :

Clientèle : un portefeuille de X clients avec Y € de CA récurrent se valorise même si l'entreprise perd de l'argent

Marques et propriété intellectuelle : une marque bien établie peut se vendre séparément

Brevets et savoir-faire : des technologies propriétaires ont une valeur intrinsèque

Contrats longs termes signés : un contrat de 5 ans avec un grand compte a une valeur capitalisable

Valorisation par comparaisons de transactions en difficulté

Le marché des cessions d'entreprises en difficulté a ses propres références. Un Le rôle de l'expert-comptable dans une cession ou un conseil spécialisé en retournement peut fournir des comparables de transactions récentes pour des entreprises dans une situation similaire.

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Qui achète une entreprise en perte ?

Le profil de l'acquéreur d'une entreprise déficitaire est différent de celui qui achèterait une entreprise saine. Identifier les bons acquéreurs est crucial pour trouver une issue à la cession.

Le concurrent qui veut la clientèle

C'est souvent l'acheteur le plus logique pour une entreprise déficitaire dans un secteur concurrentiel. Le concurrent n'achète pas le "modèle économique" déficitaire — il achète votre portefeuille clients qu'il va intégrer dans sa propre structure.

Pour ce type d'acquéreur, le prix se calcule sur la valeur de la clientèle transférée, pas sur la rentabilité de l'entreprise. Même une entreprise qui perd de l'argent peut donc valoir plusieurs centaines de milliers d'euros si sa clientèle est précieuse.

Le manager interne (MBO) avec espoir de redressement

Si les difficultés sont liées au dirigeant actuel (désengagement, age, mauvaise gestion), un directeur ou un cadre qui connaît l'entreprise peut la reprendre en estimant qu'il peut la redresser. Le prix sera bas mais la motivation est forte.

Les fonds de retournement

Des fonds spécialisés investissent dans des entreprises en difficulté avec pour objectif de les redresser et de les revendre avec une plus-value. Ces fonds apportent des capitaux et une expertise de restructuration. Ils achètent généralement à des prix décotés et exigent un contrôle complet.

Les repreneurs opportunistes

Des entrepreneurs avec une expérience de retournement peuvent voir une opportunité dans une entreprise déficitaire. Prix faible, actifs tangibles récupérables, équipes à garder, clientèle à reconquérir.

Ce qui ne fonctionne pas

Les fonds PE classiques et les industriels non-spécialisés ne s'intéressent généralement pas aux entreprises déficitaires — trop risqué, trop de travail de redressement, pas dans leur modèle d'investissement standard.

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Négocier la cession dans un contexte déficitaire

La négociation d'une cession en situation de pertes requiert une approche adaptée, différente de la négociation classique. Plusieurs leviers spécifiques existent.

Le prix souvent symbolique sur les titres

Dans les cessions de titres d'une entreprise déficitaire, le prix peut être bas (voire symbolique à 1 €) si les dettes dépassent la valeur des actifs. Dans ce cas, l'acquéreur reprend la société avec ses dettes — le "prix" de 1 € reflète un engagement de reprendre les passifs et de financer le retournement.

La cession des actifs séparément

Si les titres ne valent rien (dettes > actifs), la cession des actifs seuls (fonds de commerce) permet de récupérer la valeur des actifs incorporels et corporels sans transférer les dettes. Cette modalité est préférable pour le vendeur quand les passifs sont supérieurs à la valeur des actifs. Voir Cession de fonds de commerce vs cession de titres pour la comparaison.

L'earn-out conditionnel au retour à la rentabilité

Dans certaines transactions, le cédant accepte un prix de base faible + un complément de prix conditionnel au retour à la rentabilité dans un délai défini. C'est une façon de récupérer une partie de la valeur si l'acquéreur réussit le retournement.

Le rôle du conseil en cas de difficultés

Si l'entreprise est en procédure collective (sauvegarde, redressement), l'administrateur judiciaire gère le processus de cession. Le vendeur n'est plus seul maître du processus — il doit travailler avec l'administrateur et les créanciers. Un Pourquoi faire appel à un avocat en cession d'entreprise spécialisé en restructuration est indispensable.

Consultez Reprendre une entreprise en difficulté : opportunité ou piège ? et Comment céder en situation de difficultés financières pour les étapes spécifiques selon le stade des difficultés.

Questions fréquentes

Peut-on vendre une entreprise à 1 € ? Qu'est-ce que cela signifie ?
Oui, une cession à 1 € (ou à un prix symbolique) est légale et courante dans les entreprises avec des dettes supérieures aux actifs. Le vendeur "donne" les titres pour se décharger des obligations sociales et fiscales du dirigeant. L'acquéreur prend en charge les dettes en échange du contrôle. Pour le vendeur, c'est souvent la meilleure option face à une liquidation qui lui coûterait davantage.
Les dettes d'une entreprise déficitaire restent-elles à la charge du vendeur après la cession des titres ?
Non. Dans une cession de titres, les dettes de la société restent dans la société — elles ne reviennent pas personnellement au vendeur (sauf s'il a donné des garanties personnelles : caution, aval). Après la cession, l'acheteur prend en charge les dettes de la société. Mais si le vendeur avait garanti personnellement les dettes bancaires, ces garanties subsistent jusqu'à leur mainlevée.
Le dirigeant d'une entreprise déficitaire peut-il être personnellement responsable des dettes ?
En règle générale non — la responsabilité des dettes est limitée à la société (SARL, SAS). Mais une faute de gestion (ne pas avoir déclaré l'état de cessation des paiements en temps utile, avoir contracté des dettes sachant que la société ne pourrait pas les rembourser, faux bilans) peut entraîner une action en responsabilité pour insuffisance d'actif. La consultation d'un avocat dès l'apparition des difficultés est impérative.
Une entreprise en procédure collective peut-elle être cédée ?
Oui. Le plan de cession judiciaire est précisément conçu pour permettre la cession d'une entreprise en procédure collective (redressement judiciaire principalement). Le tribunal peut ordonner la cession de tout ou partie de l'entreprise à un repreneur qui en reprend les actifs sans les dettes. C'est souvent la meilleure solution pour préserver l'activité et les emplois quand le redressement autonome est impossible.
Peut-on céder uniquement les actifs d'une entreprise déficitaire sans les dettes ?
Dans un asset deal (cession de fonds de commerce), oui — l'acheteur choisit les actifs qu'il reprend et n'est pas tenu aux dettes non listées dans l'acte. Cependant, certaines dettes "suivent" les actifs par la loi : les contrats de travail (L.1224-1), et le privilège du bailleur qui peut être opposable. Les dettes fiscales et sociales restent dans la société vendeuse.

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