Secteurs spécifiques10 min de lecture8 avril 2027

Cession dans l'énergie et l'environnement

EnR, déchets, eau, dépollution : les spécificités réglementaires, les valorisations et les acquéreurs types du secteur énergie-environnement.

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Panorama du secteur énergie-environnement en cession

Le secteur de l'énergie et de l'environnement en France connaît une dynamique de cession et d'acquisition sans précédent, portée par la transition énergétique, les objectifs de neutralité carbone et les réglementations européennes. Le marché des transactions dans les EnR (énergies renouvelables) et les cleantech a atteint 12 milliards d'euros en France en 2024 (source : EY, Panorama des transactions énergie, 2024).

Les segments clés

Le secteur recouvre des activités très diversifiées :

Énergies renouvelables (EnR) : solaire photovoltaïque, éolien terrestre et offshore, biomasse, méthanisation, hydroélectricité. La France vise 33 % d'EnR dans la consommation finale d'énergie d'ici 2030 (PPE — Programmation Pluriannuelle de l'Énergie)

Gestion des déchets : collecte, tri, recyclage, valorisation énergétique (incinération avec récupération d'énergie). Marché de 15 milliards d'euros dominé par Veolia, Suez et des acteurs régionaux

Eau et assainissement : gestion de réseaux, stations d'épuration, traitement des eaux industrielles

Efficacité énergétique : isolation, rénovation thermique, GTB (Gestion Technique du Bâtiment), LED, HVAC

Mobilité durable : bornes de recharge, véhicules électriques, logistique verte

Économie circulaire : réemploi, reconditionnement, éco-conception

Le cadre réglementaire moteur

Loi Énergie-Climat (8 novembre 2019) : objectif de neutralité carbone en 2050, fin des hydrocarbures

Loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire, 10 février 2020) : interdiction progressive du plastique, obligations de tri et de recyclage

Loi Climat et Résilience (22 août 2021) : renforcement des obligations environnementales des entreprises

REPowerEU et Green Deal européen : accélération des EnR, taxonomie verte des investissements

Décret tertiaire : obligation de réduction des consommations énergétiques des bâtiments tertiaires de 40 % d'ici 2030

Les acteurs en transaction

Utilities et grands groupes : EDF, Engie, TotalEnergies, Veolia, Suez — acquéreurs actifs pour atteindre leurs objectifs de croissance verte

Fonds d'investissement spécialisés : Meridiam, Infravia, Antin Infrastructure, Omnes Capital — investissement dans les infrastructures EnR

ETI et PME spécialisées : développeurs de projets EnR, entreprises de services à l'énergie, bureaux d'études environnement

Pour les tendances générales de consolidation, consultez Consolidation sectorielle en France : tendances 2026.

02

Valorisation des actifs énergies renouvelables

La valorisation des actifs EnR repose sur des méthodes spécifiques liées à la nature des revenus (contrats de long terme, tarifs régulés) et à la durée de vie des installations.

Valorisation des projets solaires photovoltaïques

Stade de développement : un projet en phase de permis vaut 20 à 40 k€/MWc, un projet prêt à construire (ready-to-build) vaut 80 à 150 k€/MWc, un projet en exploitation vaut 700 à 1 200 k€/MWc

Méthode DCF : projection des flux sur la durée résiduelle du contrat d'achat (tarif réglementé CRE sur 20 ans) + valeur marchande post-contrat

Taux d'actualisation : 5 à 8 % selon le risque (projet autorisé vs en exploitation, qualité du contrat d'achat)

Facteur de charge : 12 à 15 % en France métropolitaine, impactant directement les revenus projetés

Valorisation des parcs éoliens

Prix par MW installé : 1 à 1,5 M€/MW pour un parc en exploitation avec contrat d'achat résiduel supérieur à 10 ans

Facteurs clés : productible réel vs estimé (P50/P90), état des machines, contrat de maintenance, durée résiduelle du bail foncier

Repowering : la possibilité de renouveler les machines (repowering) à l'expiration des premières turbines crée une valeur supplémentaire

Risques spécifiques : contentieux environnementaux, recours de riverains, évolution de la réglementation acoustique

Valorisation des activités de gestion des déchets

Multiple d'EBITDA : 6 à 10 fois l'EBITDA selon le segment

Collecte : 5 à 7 fois l'EBITDA, valorisation portée par la récurrence des contrats publics (marchés de 5 à 8 ans)

Tri et recyclage : 6 à 9 fois, sensible aux cours des matières premières secondaires

Valorisation énergétique : 8 à 12 fois, actifs industriels lourds avec barrières à l'entrée

Déchets dangereux : 8 à 10 fois, forte réglementation = forte barrière à l'entrée

Valorisation des entreprises de services à l'énergie

Bureaux d'études : 4 à 7 fois l'EBITDA, valorisation du carnet de commandes et de l'expertise technique

Installateurs EnR : 3 à 6 fois l'EBITDA, dépendance au pipeline de projets

ESCO (Energy Service Companies) : 5 à 8 fois, valorisation des contrats de performance énergétique (CPE)

Pour les méthodes de valorisation, consultez Les 5 méthodes de valorisation d'entreprise.

03

Réglementation et transfert des autorisations environnementales

Les entreprises du secteur énergie-environnement détiennent de nombreuses autorisations administratives dont le transfert est un enjeu majeur de la cession.

Les autorisations ICPE

Les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE, articles L. 511-1 et suivants du Code de l'environnement) sont soumises à :

Déclaration : pour les installations les moins impactantes

Enregistrement : régime intermédiaire

Autorisation environnementale : pour les installations les plus impactantes (incinérateurs, centres de stockage de déchets, méthaniseurs de grande capacité)

Le transfert d'une autorisation ICPE en cas de cession nécessite :

Une déclaration de changement d'exploitant auprès du préfet (article R. 516-1 du Code de l'environnement)

La justification des capacités techniques et financières du repreneur

La mise à jour des garanties financières (constitution d'un fonds de remise en état du site)

Les contrats d'achat d'électricité

Pour les installations EnR, le contrat d'achat (obligation d'achat ou complément de rémunération) est l'actif le plus précieux :

Contrats signés avec EDF OA (Obligation d'Achat) pour une durée de 15 à 20 ans

Le transfert du contrat nécessite l'accord d'EDF OA et la vérification du respect des conditions initiales

En cas de cession de titres de la société de projet (SPV), le contrat n'est pas transféré mais reste dans la SPV

Les autorisations d'urbanisme

Permis de construire pour les parcs solaires et éoliens : transférable au repreneur sous conditions

Autorisation de défrichement : nécessaire pour les projets en zone boisée

Dérogation espèces protégées : non transférable, doit être redemandée par le repreneur

Les responsabilités environnementales

Le repreneur assume les responsabilités environnementales liées au site :

Pollution des sols : obligation de dépollution en cas de cessation d'activité (article L. 556-1 du Code de l'environnement)

Remise en état : obligation de remettre le site en état à la fin de l'exploitation (article L. 512-6-1)

Garanties financières : provision obligatoire pour couvrir les coûts de remise en état (de 50 000 € à plusieurs millions selon l'installation)

Pour les aspects juridiques, consultez L'audit juridique préalable à une acquisition.

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Due diligence environnementale et technique

L'audit d'acquisition dans le secteur énergie-environnement nécessite des compétences techniques pointues et une analyse approfondie des risques réglementaires et environnementaux.

L'audit environnemental

Étude de sol (Phase 1 et Phase 2) : identification des pollutions potentielles, analyse des sols et des eaux souterraines. Coût : 5 000 à 50 000 € selon la taille du site

Diagnostic amiante et plomb : obligatoire pour les bâtiments construits avant 1997 (amiante) et 1949 (plomb)

Bilan carbone : évaluation de l'empreinte carbone de l'activité, conformité aux obligations de reporting (article L. 229-25 du Code de l'environnement pour les entreprises de plus de 500 salariés)

Conformité REACH et CLP : pour les entreprises manipulant des substances chimiques

Gestion des déchets : traçabilité des bordereaux de suivi des déchets (BSD), conformité des filières de traitement

L'audit technique des installations EnR

Inspection des équipements : état des panneaux solaires (taux de dégradation, hotspots, PID), état des turbines éoliennes (boîte de vitesses, pales, fondations)

Analyse de la production : comparaison productible réel vs estimé (P50), évolution de la performance dans le temps

Contrats de maintenance : durée résiduelle, périmètre, garanties de disponibilité

Baux fonciers : durée résiduelle (souvent 20 à 30 ans), conditions de renouvellement, montant des loyers

L'audit des contrats et autorisations

Inventaire des autorisations : permis de construire, autorisation environnementale, contrat d'achat, raccordement au réseau

Analyse des contrats clients : contrats de collecte (déchets), contrats de fourniture d'énergie, contrats de performance

Contentieux : recours de tiers contre les autorisations (fréquent pour l'éolien), litiges environnementaux

Conformité réglementaire : respect des arrêtés préfectoraux, des normes de rejets, des obligations de reporting

Les risques spécifiques

Risque réglementaire : évolution des tarifs d'achat, modification des normes environnementales, fiscalité carbone

Risque technologique : obsolescence des équipements, émergence de technologies concurrentes

Risque climatique : variabilité de la ressource (ensoleillement, vent), événements extrêmes

Risque social : opposition locale (syndrome NIMBY), contentieux avec les riverains

Pour la structuration de la data room, consultez La data room : outil indispensable pour une cession réussie.

05

Tendances et perspectives du marché des transactions

Le marché des transactions dans le secteur énergie-environnement est l'un des plus dynamiques en France, porté par des tendances structurelles de long terme.

Les volumes de transactions

En 2024, les transactions dans le secteur énergie-environnement en France représentent :

EnR : plus de 200 transactions pour un volume estimé à 8 milliards d'euros (source : Clean Energy Pipeline, 2024)

Déchets et recyclage : environ 80 transactions pour 2 milliards d'euros

Eau et assainissement : 30 à 40 transactions pour 1,5 milliard d'euros

Services à l'énergie : 50 à 60 transactions pour 1 milliard d'euros

Les tendances majeures

Plateformisation : les développeurs EnR ne vendent plus projet par projet mais constituent des portefeuilles (plateformes) de plusieurs centaines de MW, attirant les investisseurs institutionnels (fonds de pension, assureurs)

Intégration verticale : les utilities acquièrent des développeurs pour sécuriser leur pipeline de projets (exemple : TotalEnergies rachetant Total Eren)

Stockage d'énergie : les batteries et l'hydrogène vert deviennent des segments de transaction à part entière

Économie circulaire : explosion des transactions dans le recyclage avancé (chimique, plastiques, textiles, batteries)

Corporate PPA : les contrats d'achat direct entre producteurs EnR et entreprises consommatrices créent de nouvelles opportunités de valorisation

Le rôle des fonds d'investissement

Les fonds spécialisés en infrastructure et énergie sont les acquéreurs les plus actifs :

Fonds infrastructure : Meridiam, Antin, Infravia, Vauban Infrastructure Partners — investissement long terme (10-15 ans), recherche de rendement stable

Fonds Private Equity : Ardian, PAI Partners, Eurazeo — acquisition de plateformes de développement, création de valeur par la croissance

Fonds impact : Mirova, Demeter, Raise Impact — critères ESG stricts, valorisation de l'impact environnemental

Investisseurs corporate : TotalEnergies, Engie, EDF, ENI — acquisition stratégique pour la transition

Les perspectives 2025-2030

Le marché des transactions devrait croître de 10 à 15 % par an, porté par les objectifs de la PPE (Programmation Pluriannuelle de l'Énergie)

La France vise 100 GW de solaire et 40 GW d'éolien installés d'ici 2035, contre respectivement 20 et 22 GW aujourd'hui

Les obligations de recyclage et de valorisation des déchets créeront de nouvelles opportunités dans l'économie circulaire

L'hydrogène vert et le biogaz seront les segments de croissance les plus dynamiques

Pour les enjeux ESG dans la transmission, consultez ESG et RSE dans la transmission d'entreprise.

Questions fréquentes

Comment valoriser un portefeuille de projets EnR à différents stades de développement ?
La valorisation d'un portefeuille de projets EnR suit une logique de probabilisation par stade de développement. Un projet en phase de prospection (identification du terrain, études préliminaires) vaut peu (5-10 k€/MWc) car le taux de conversion est faible (10-20 %). Un projet avec permis de construire obtenu (ready-to-build) vaut 80 à 150 k€/MWc car le risque développement est purgé. Un projet en exploitation avec contrat d'achat résiduel vaut 700 à 1 200 k€/MWc. La valeur totale du portefeuille est la somme des valeurs probabilisées de chaque projet, avec une prime de portefeuille de 10 à 15 % pour la diversification. Les acquéreurs analysent le pipeline en termes de MW pondérés (MWp × probabilité de succès).
Quelles sont les garanties financières exigées pour les installations ICPE ?
Les installations ICPE soumises à autorisation doivent constituer des garanties financières couvrant les coûts de remise en état du site (article L. 516-1 du Code de l'environnement). Le montant est fixé par arrêté préfectoral et varie de 50 000 € pour une petite installation à plusieurs millions d'euros pour un centre de stockage de déchets ou un parc éolien (50 000 € par éolienne en moyenne). Les formes acceptées sont : consignation auprès de la Caisse des Dépôts, garantie bancaire à première demande, assurance spécifique, ou fonds de garantie privé agréé. Lors d'une cession, le repreneur doit reconstituer ces garanties à son nom, ce qui peut représenter un coût significatif à anticiper dans le plan de financement.
Le transfert d'un contrat d'achat EDF OA est-il automatique lors d'une cession ?
Non, le transfert dépend du mode de cession. Si la cession porte sur les titres de la société de projet (SPV) qui détient l'installation et le contrat d'achat, le contrat reste dans la SPV et n'est pas transféré à proprement parler — c'est l'actionnariat de la SPV qui change. En revanche, si la cession porte sur les actifs (vente de l'installation), le contrat d'achat doit être transféré avec l'accord d'EDF OA (ou de l'acheteur obligé). EDF OA vérifie alors que les conditions initiales du contrat sont respectées (puissance, technologie, localisation). Le délai de traitement est de 2 à 4 mois. La cession de titres est donc largement privilégiée dans le secteur EnR pour éviter cette procédure.

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